Utopia s02e06

(Channel 4) 2 saisons de 6 épisodes chacune –
Jessica Hyde Ö no smiling, please.

Du 14 juillet au 12 août, le téléspectateur anglais pouvait enfin découvrir la saison 2 d’Utopia sur Channel 4. Forcément, l’été s’annonçait tout de suite plus fluo !
Si vous fréquentez ce blog depuis quelques temps, vous n’ignorez pas tout le bien que je pense d’Utopia. Elle représente à mon sens tout ce en quoi la “Telly” british n’a rien à envier à personne. Une idée folle et pourtant si bien assumée, un casting talentueux et pourtant si jeune, une mise en scène culottée et pourtant si brillante…
En cette saison 2, le schéma est un peu le même, l’impact de la surprise n’est plus là mais Utopia reste Utopia, un OSNI* ultime, propulsé au rayon culte dès la première séquence !

Ce qui suit devrait contenir des révélations. Si vous n’avez rien vu d’Utopia, je vous conseille vivement de vous diriger vers ces lignes que je lui consacrait à l’occasion de ma rétrospective.

Après les six premiers épisodes qui constituaient la saison 1, il était presque surprenant qu’une suite soit commandée. Utopia n’a pas déplacé les foules l’an dernier (et les scores auront été encore inférieurs cet été).
Il faut dire que le parti pris est profondément radical, et ce à tous les étages. ces premiers épisodes fonctionnaient dans une sorte d’urgence. Je n’imaginais alors pas autre chose pour clore la saison qu’un hara-kiri monumental.
Finalement, c’est un cliffhanger impromptu qui vint nous cueillir à froid. Fallait-il y voir un pied de nez définitif envoyé à la face des aigris qui enterraient trop vite la série ?

Toujours est-il qu’Utopia était de retour à la mi-juillet. C’est non sans une certaine fébrilité que nous allions enfin savoir ce qu’il était advenu de la bande. Mais coup de Trafalgar, nous voilà propulsé à la fin des années 70. L’épisode (le s02e01 donc) ne contient aucun des acteurs que nous connaissions. Pas une once de couleur jaune mais plutôt du rouge. Et puis surtout, ce format allongé que nous avions appris à aimer se trouve remplacé par un 4/3 tout à fait déconcertant.
La surprise digérée, il reste un épisode magistral. Un exercice de style sous la forme d’un prequel d’époque jalonné d’événements historiques réinterprétés dans la logique du network, ce complot omniprésent et omnipotent dans la série.

Dennis Kelly – à l’écriture de tous les épisodes – s’offre ici un beau coup de force qui aura fait quelques vagues dans les rangs conservateurs, lesquels n’appréciant guère la réécriture du scénariste quand à l’assassinat d’un proche de Margaret Thatcher.
Avec le recul, ce flashback transcende la série, car servant de source aux motivations de chacun. Non seulement il est justifié pour ces caractéristiques inhérentes mais de surcroît, il aura valeur de pierre angulaire pour la suite. Une suite justement qui sera plus classique, relativement similaire avec les événements de la saison 1. Les personnages principaux se trouvent dans les mêmes situations, seul un agent dormant vient s’ajouter à la structure établie.

Lee … clearly up to no good.

L’autre bouleversement qu’il fallait surveiller était à observer au quatrième volet. Marc Munden, l’artiste qui avait fait d’Utopia cet objet si singulier, laissait pour la première fois la caméra à un autre réalisateur. Ce sera Sam Donovan, relativement inconnu mais habitué des séries anglaises (Skins, Secret Diary of a Call Girl). La transition s’effectue dans une continuité parfaite mais l’on remarque tout de même un certain recul des coloris saturés. Cette évolution vers une baisse de contraste – toute relative – aura bien accompagné un final à la teneur dramatique.
A l’instar de son comparse Kelly, Munden aura lui aussi frappé fort avec cet épisode prequel. Le changement tonal, les ambiances surannées et puis ce format d’écran qui nous ramenait dans le passé via une fenêtre si lourde de sens.
Et puis il me faut vous dire un mot sur l’évolution de la bande son. C’était l’une des grande force de la série et ce retour aura permis à Cristobal Tapia de Veer (compositeur canadien) de continuer un travail toujours très surprenant. Il y délaisse notamment les percussions exotiques et se rapproche d’un ensemble électronique plus analogique. CTDV enfonce le clou et démontre toute son inventivité.

Côté casting, les rôles auront peu évolué. Là encore, il faut distinguer l’épisode du retour en arrière avec la superbe Rose Leslie (Game of Thrones) dans les pas d’une jeune Milner et de Tom Burke (The Musketeers). Le duo Fiona O’Shaughnessy (Jessica) et Neil Maskell (Arby) auront démontré un peu plus tout leur talent. Il ne fait aucun doute que si Utopia devait s’arrêter là, ces deux là trouverait de belles choses à faire ensuite.

Et d’ailleurs, c’est un peu le cas pour tout le monde, a commencer par Munden et De Veer qu’on aimerait ardemment voir dans un autre univers !
Seulement voilà, il semblerait qu’Utopia soit parvenu à atteindre ce statut si particulier de série qui réunit peu de suiveurs mais s’arroge une tenue emblématique, de celle qui définit une chaîne. Il se murmure même qu’une troisième ainsi qu’une quatrième saison seraient en train de s’imaginer…
Plus dingue encore, David Fincher travaillerait à un remake pour HBO !

Visuels : Utopia / Channel 4
* : Objet Sériel Non Identifié

Tyrant s01e10 “gone fishing”

(FX) saison 1 en dix épisodes –
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Je vous promettais hier une démonstration étalée en une série de textes publiés cette semaine et visant à prouver combien l’été qui se termine aura été très consistant en ce qui concerne le genre sériel. Dans ce but, j’ai logiquement commencé par vous parler de l’excellente The Honourable Woman. Mais cet été possédait également son lot de déceptions et Tyrant est sûrement la plus éclatante d’entre elles ! Avec un contexte situé lui aussi au moyen orient, et quoi qu’il advienne de la série – à l’heure où j’écris ces lignes, nous ne savons pas si la série sera annulée – il faudra tout de même saluer la tentative malgré ses défauts.

Barry ou plutôt Bassam Al Fayeed est un médecin qui mène une vie de famille tout ce qu’il y a de plus normal en Californie. Mais à l’occasion du mariage de son neveu, il accepte de se rendre à Abbudin, un pays (fictif) du moyen-orient dans lequel son père mène une dictature de main de fer. Pourquoi Bassam a t-il fui son pays dans sa jeunesse ? Parviendra t-il à quitter le pays dès le mariage terminé ?

L’histoire de Tyrant est une déroute annoncée. Aux prémisses du projet, nous étions beaucoup à saliver devant l’attelage qui se formait. Gideon Raff (Hatufim, Homeland) avait crée une série qui serait mise en image par Ang Lee. Oui, vous avez bien lu, le cinéaste de Brokeback Mountain y ferait ses débuts pour le petit écran, bref un coup fumant pour FX.
Seulement voilà, Lee et Raff vont quitter le navire qui sera finalement confié aux mains d’Howard Gordon et de David Yates (Harry Potter) pour la réalisation.
Si vous ajoutez à cela, un tournage en Israël qui aura été interrompu (avant de reprendre en Turquie alors qu’il était initialement prévu au Maroc) car rendu impossible suite aux bombardements sur place, et vous obtenez une série qui aura déjà donné plus d’un cheveu blanc aux producteurs.

Pourtant l’idée de départ était séduisante. Il y avait ce cheval de Troie, une famille américaine classique déracinée dans un pays arabe. La possibilité de réfléchir sur la tyrannie et d’évoquer la religion sans qu’elle soit associée à un personnage ambivalent comme Brody dans Homeland.
Malheureusement, Tyrant penche trop rapidement vers le soap et ne parviendra à mettre en place des intrigues politiques qu’après trois épisodes
Pire, et l’on imagine combien les responsables d’FX doivent ruminer sur ce point, la forme est au mieux d’un statique abrutissant malgré des décors travaillés et un investissement en effets spéciaux conséquent.
Dans un article assez complet du THR (y lire le résumé de tous les déboires de la production), on y apprend comment Yates a semblé désemparé dans sa transition vers la télé. Tyrant devenait ainsi malgré elle un exemple emblématique d’un cinéaste échouant à donner une dynamique sur un début de série.

Le casting aura lui aussi concentré les critiques. Le choix d’Adam Rayner, un acteur anglais pour prendre les traits d’un fils de dirigeant arabe aura achevé de décrédibiliser le projet. Pourtant Rayner ne déméritera pas, comme toutes les actrices et acteurs d’ailleurs. Il faut reconnaître qu’ils n’auront pas eu beaucoup l’occasion de briller.

Avec le recul, j’ai du mal à comprendre comment la série a su garder mon attention si longtemps. Le sursaut politique en milieu de saison ne sera pas parvenu à déclencher un peu de passion.
Quelque part, j’ai sans doute espéré jusqu’au bout d’y trouver une sorte de Borgen du moyen-orient. L’ambition n’aura sûrement jamais été aussi politique que dans la série danoise et cette possibilité, ce fil ténu m’a tenu en attente devant une série qui ne pouvait me l’offrir.

Malgré tout cela, je me refuse à conclure sur une note négative. C’est un échec mais les intentions, celles de créer une série au moyen-orient, sont à encourager. On surveillera notamment avec espoir Dig à venir sur USA network, une collaboration entre le même Gideon Raff et Tim Kring (Heroes).

Visuels : Tyrant / FX

The Honourable Woman s01e08 “the paring knife”

(BBC/sundanceTV) une minisérie en huit parties –
Emerging from the sidelines Ö Atika Halabi (Lubna Azabel).

Après une semaine dernière consacrée à la troisième vague de pilotes d’Amazon, je change complètement de perspective afin de vous démontrer combien cet été sériel fut intense – d’ailleurs il n’est pas tout à fait terminé mais je pense que les séries que je m’apprête à commenter seront des arguments suffisamment significatifs ! Oh, et puis, je terminerai cette introduction en précisant qu’il s’agit, pour chacune d’entre elle, de bilans (de saisons ou définitifs comme pour le cas présent).

L’année dernière, la plus belle minisérie nous était offertepar le duo BBC/SundanceTV. Cet été, le couple poursuivait sa collaboration avec un thriller d’espionnage haletant, une réflexion géopolitique étourdissante d’autant plus actuelle qu’elle se jouait au cœur d’un conflit Israëlo-palestinien tristement de retour en ouverture des journaux télévisés. Cette fois encore, une grande actrice devait illuminer le petit écran pour le plus grand bonheur du sériephile. Maggie Gyllenhaal est The Honourable Woman et voici pourquoi vous vous devez de découvrir son histoire.

Vous n’avez pas pu passer à côté de Top of the lake l’année dernière – si c’était le cas, je vous recommande vivement ma preview sans spoilers – et la succession s’annonçait forcément difficile à assumer. Pourtant, on oublie très vite la caméra de Jane Campion et tout le talent d’Elisabeth Moss. Plus étonnant encore, The Honourable Woman s’appuie sur un sujet difficile, un environnement qui, nous le verrons cette semaine, s’avère complexe à développer et sur un récit bien loin d’une trame classique policière comme pouvait l’être Top of the Lake.

Noble et philanthrope !
Nessa Stein vient d’être anoblie. Cette riche héritière gère, en compagnie de son frère Ephra,  la société familiale transmise par un père qui aura succombé à ces activités de marchand d’armes alors qu’ils étaient tous les deux enfants. Les Stein ont une toute autre ambition et investissent massivement pour améliorer la vie dans les territoires palestinien.
Cette position est pourtant très compliquée à tenir et alors qu’elle s’apprête à annoncer un nouveau partenariat avec une sous-traitant palestinien, son représentant se suicide dans d’étranges circonstances…

On doit The Honourable Woman à Hugo Blick qu’il a écrit et réalisé en intégralité. J’avais déjà eu l’occasion de faire l’éloge de l’anglais dans cette colonne à l’occasion de The Shadow Line. Cette dernière était déjà une minisérie pour la BBC que j’avais pris soin de situer en bonne place dans ma rétrospective de 2011.
Dans The Shadow Line, Blick assemblait un thriller sombre et complexe mais surtout très masculin. Avec The Honourable Woman, le récit est à nouveau ardu mais il est éclatant de lumière et s’intéresse majoritairement aux femmes !

Pour aller plus loin dans la comparaison, The Shadow Line était sans doute plus impressionnante d’un point de vue formel. Les décors étaient en particulier splendides alors que pour The Honourable Woman, comme souvent lorsqu’il s’agit d’espionnage, on se concentre essentiellement dans des intérieurs moins exubérants. Les lieux évoquant les territoires occupés devaient rester cohérents avec un mode de vie réel très enfermé du fait des circonstances. Le tournage qui s’est effectué au Maroc répond pleinement à cet objectif.
On devine aussi que contrairement à son oeuvre précédente, Blick aura été hypnotisé – et comment lui en vouloir – par son actrice. Ce qui aura eu pour conséquence une certaine sobriété qui sied finalement assez bien au sujet.

Maggie avec un grand M !
Son actrice justement est phénoménale ! Je n’ai pas la prétention de vous certifier avoir l’oreille anglaise mais il se dit un peu partout que son accent british est une merveille, ce qui n’est pas une mince affaire s’agissant d’une actrice américaine. Maggie Gyllenhaal aura pris des risques, osé s’aventurer sur un format de huit heures et un personnage bien loin de sa belle prestation dans Crazy Heart qui lui avait valu une nomination aux Oscars.
Tout au long de cette minisérie, Nessa est malmenée aussi bien physiquement que psychologiquement et c’est sans retenue qu’elle affronte cette adversité démesurée et vouée à l’échec. Gyllenhaal en sort grandie ! Sa performance est à la hauteur d’une minisérie qui porte bien mal son qualificatif de mini.

A ses côté, le casting est tout simplement fantastique. A commencer par Lubna Azabal dans le rôle d’Atika et son beau regard sombre. Voilà une actrice qui se livre aussi sans réserves et que l’on espère retrouver rapidement tant elle imprime une marque forte.
L’autre grand pôle d’attraction se nomme Stephen Rea. Déjà présent dans The Shadow Line, il est fascinant en responsable du MI6 trop longtemps cantonné sur une voix de garage. Rea possède une classe naturelle et une élocution ensorcelante qui lui ont valu de belles séquences dans la première saison d’Utopia également.

Mais ce n’est pas tout ! The Honourable Woman additionne les talents avec quelques uns des acteurs anglais les plus convaincants de la scène actuelle. Il faut citer Andrew Buchan (Broadchurch) et Tobias Menzies (Black Mirror, Game of Thrones) ainsi que l’actrice Eve Best (Nurse Jackie) ici parfaitement vénéneuse.

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Un récit nécessaire
Alors, bien sûr, la minisérie prend une toute autre ampleur lorsqu’on la découvrait cet été sans ignorer la pluie de bombes qui redoublait au proche orient. Hugo Blick prend tout de même bien soin de ne pas refaire la réalité historique d’une région tourmentée. Son sous-texte est un message d’idéaliste forcément un peu vain et pourtant nécessaire.
La réalité du terrain, de ce qu’est Gaza au quotidien n’est pas minimisée mais elle ne sert pas de prétexte à démonstration. Le propos de Blick consiste plutôt à dénoncer combien le conflit est attisé, voir au mieux abandonné dans un statu quo malsain qui arrange des requins aux motivations bassement personnelles.

En définitive, il en ressort une oeuvre singulière qui représente bien tout l’intérêt du genre sériel actuellement. La prise de risque, celle de s’approprier un sujet désormais trop risqué pour un autre médium comme le septième art. Et puis surtout sa dimension d’urgence plus à même de suivre l’actualité même si la synchronisation de The Honourable Woman avec la résurgence du conflit est fortuite.

Avec un faux rythme et une mise en scène sans artifice, The Honourable Woman ne cherche pas la facilité. Hugo Blick s’affirme comme un maître du thriller complexe aux nombreuses ramifications qu’il incombe au téléspectateur de détricoter. C’est une oeuvre qu’on n’apprécie pas en se contentant de la subir. A ranger sous le fameux combo à trois mots : Du Grand Art !


Visuels : The Honourable Woman / BBC / SundanceTV
Canal+ devrait la diffuser en 2015

Hysteria s01e01

(Amazon) un pilote sur 5 soumis au public – troisième vague -
HYSTERIA -- "Pilot" -- Pictured: (l-r) -- Photo by: (Felicia Graham/NBC)

J’en termine avec cette semaine consacrée à la troisième vague de pilotes proposés par Amazon et mis en en ligne depuis une dizaine de jours. Pour rappel, je vous ai déjà livré dans cette colonne mes avis sur The Cosmopolitans, Hand of God, Really ainsi que Red Oaks.
Reste donc Hysteria, un drama de belle facture certes, mais pour lequel je suis peu enthousiaste !

Dans une usine désaffectée, un groupe de filles va vivre une soirée dramatique. L’une d’entre elle est victime d’une crise de spasmes et ce qui semblait être un événement isolé prend des proportions inquiétantes suite à une propagation inédite…

Alors que la seconde vague de pilotes d’Amazon était presque entièrement centrée sur Los Angeles, cette troisième brochette prend des directions plus variées. Après Paris (The Cosmopolitans), La Californie (la fictive San Vicente dans Hand of God), la banlieue de Chicago (pour Really) et le New Jersey (de Red Oaks), nous voici propulsés à Austin, Texas.
On doit Hysteria à Shaun Cassidy, un habitué des projets de genre sans grand succès. On se souvient notamment d’American Gothic (1 saison sur CBS) et Invasion (1 saison sur ABC). Il s’empare ici du thème de la contagion, tendance lourde au sein de la production actuelle. Je ferai volontairement l’impasse sur le sujet afin de ne pas vous révéler quoi que ce soit dans le cas où vous souhaiteriez découvrir ce pilote. Sachez simplement que le positionnement du mal en question sur un registre psychologique affaiblit très largement la portée du récit. C’est en tout cas mon ressenti bien que je sois habituellement fervent de ce genre de point de départ.

Pourtant, on nous livre ici un bien bel objet ! La réalisation est assuré par un orfèvre en la personne d’Otto Bathurst (Black Mirror, Peaky Blinders). Il est bien secondé par une musique très inspiré signée Tyler Bates.
Coté casting, l’héroïne campée par Mena Suvari est convaincante et elle est bien entourée. Signalons Josh Stewart dans un rôle de flic abîmé plutôt intéressant.

Néanmoins, cela ne suffit pas à faire décoller une intrigue qui ne fait pas de vagues. On sent notamment que la direction se perd entre thriller et récit d’horreur. Reste un beau pilote qui fera des envieux même si la série n’allait pas plus loin.

Pour terminer, un petit point sur les notations à l’heure où j’écris ces lignes : Hand of god est à 4,6/5, Red Oaks à 4,4, The Cosmopolitans à 3,5, Hysteria à 4 et Really à 3,5.

Visuels : Hysteria / Amazon
www.amazonoriginals.com

Read Oaks s01e01

(Amazon) un pilote parmi 5 soumis au public – troisième vague –
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Si Steven Soderbergh s’est retiré du cinéma, il s’investit désormais pleinement sur le format sériel pour le plus grand bonheur du sériephile ! Cinemax nous livre actuellement The Knick dont il a réalisé intégralement les dix épisodes et il promet de récidiver pour la saison 2. Je suis sous le charme de la série et j’y reviens très vite. Mais Soderbergh ne saurait s’en contenter. Il était déjà un cinéaste très productif et, qu’on se le dise, il sera également un artisan actif pour le petit écran.
Il produit ce pilote d’une comédie dont on ne voit pas comment Amazon pourrait l’ignorer ! Voici mon avis sur Red Oaks, mon coup de coeur parmi cette troisième vague de pilotes.

Pour rappel, vous pouvez lire dans cette même colonne ce que je pense du drama Hand of God et des comédies The Cosmopolitans et Really qui font partie des cinq pilotes soumis à l’appréciation du public depuis un peu plus d’une semaine sur amazonoriginals.com.

En entamant ce tour d’horizon des pilotes Amazon en début de semaine, je n’avais qu’une seule certitude : il me faudrait vous parler de Red Oaks en ce vendredi ! Vous devinez quelle en est la raison si vous fréquentez ce blog régulièrement, oui, elle constitue une candidate parfaite pour ma chronique musicale du vendredi.
Montez le volume des enceintes ou préparez votre casque audio fétiche, nous sommes à Tempe, Arizona en 1982 et voici les Jetzons :

L’histoire des Jetzons est courte. Le groupe n’aura existé que huit ans publiant un seul Ep mais devenant de véritables légendes dans un état où on leur attribue rien moins que d’être à l’origine d’une authentique scène musicale locale. Le quatuor ne survivra pas au voyage dans la cité des Anges, l’héroïne est partout, mais leur musique reste, ce savant mélange entre punk et new wave.
La bande son de ce pilote est aussi large que pointue, oscillant entre Bronski Beat et Billy Ocean. L’immersion sonore dans les années 80 est totale, surclassant en quelques titres seulement, l’effort musical pourtant très solide d’Halt & Catch Fire.

New Jersey, 1985
David Myers s’apprête à passer son été à travailler au sein du Country Club de Red Oaks, en tant qu’assistant entraîneur de tennis, tout un programme. Son père y voit une opportunité fantastique afin qu’il y fasse des rencontres de personnalités importantes qui sauront se souvenir de lui lorsqu’il sera diplômé et devenu comptable, enfin, c’est surtout ce que souhaite on père ! Mais ce dernier s’éffondre lors d’une partie de tennis nocturne, victime d’une attaque et devant l’urgence, supplie son fils découter plutôt ses sentiments…

Sur le tournage de Behind the Candelabra, Gregory Jacobs qui produit le biopic destiné à HBO, suggère l’idée Red Oaks à Soderbergh. Ce dernier est emballé et le script est bouclé durant le tournage de The Knick. Le duo se met d’accord sur le metteur en scène, ce sera David Gordon Green, un habitué du cinéma indépendant, proche de leur sensibilité donc, et qui se trouve avoir une solide expérience à la réalisation d’une comédie sérielle. Green avait en effet signé pas moins d’une douzaine d’épisodes répartis sur les quatre saisons d’Eastbound and Down.

Le résultat est une déclinaison d’un grand classique du cinéma américain : le récit d’émancipation ou, pour employer le terme à la mode, la  coming-of-age story. Des long métrages comme le classique ultime La folle journée de Ferris Bueller jusqu’à plus récemment, le très touchant Cet été là (The Way Way Back) sont venus s’additionner sans pour autant affaiblir un genre avec des codes bien précis (la figure parentale déphasée, le personnage décalé qui pousse le héros à sortir de sa zone de confort et au final la prise de responsabilité).
Alors on s’interroge sur la faisabilité d’étendre un tel récit à l’échelle d’une saison. Est-il possible de délaisser le personnage principal pour s’intéresser à un collectif ?
Dans le cas de Red Oaks, il ne fait aucun doute que oui. La galerie de personnages est soignée et les pistes à explorer sont nombreuses.

Et pour aller dans ce sens, il suffit de s’intéresser au casting aussi malin qu’abouti pour s’assurer du potentiel de chaque personnage. Dans le rôle principal, l’acteur gallois Craig Roberts est très à l’aise. Il était d’ailleurs très bon dans Submarine, un film qui se trouve justement être un coming-of-age.
Dans le rôle de ses parents, il y a deux trouvailles absolument savoureuses que sont Jennifer Grey (Dirty Dancing) et Richard Kind (Spin City, Luck). Et puis, on se doit de signaler Paul Reiser qui est aussi très bon dans Married (FX) actuellement.
Enfin, il faudra surveiller Oliver Cooper (Project X) et Ennis Esmer (The Listener) pour leur potentiel humoristique élevé !

Red Oaks nous convie ici à un pilote vraiment fun, immédiatement attachant, ce qui en fait une introduction rare. Pour Amazon, c’est un “no-brainer” et ce d’autant plus qu’il est bien noté pour l’instant par les utilisateurs du site. Avec Transparent (qui arrive enfin à la fin du mois), ils tiennent là une seconde pépite !

Visuels : Red Oaks / Amazon
www.amazonoriginals.com
Quelques extraits sont disponibles sur Youtube
Musique : The Jetzons “4 3 1” (1982 Fervor Rec.)

Really s01e01

(Amazon) 1 pilote parmi 5 – troisième vague – soumis au public
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En vous parlant d’Hand of God dans mon dernier billet, je soulignais le nouveau statut d’Amazon. La comédie dont il est question ici atteste, elle aussi, de ce changement. Jay Chandrasekhar, son créateur, l’avait fomenté en ambitionnant de la soumettre au câble mais c’est bien grâce au mastodonte du commerce en ligne que l’on peut découvrir son travail aujourd’hui.
Contrairement à HoG pour laquelle une éventuelle suite ne me passionne pas forcément, Really est un pilote qui parvient difficilement à convaincre mais dont la suite pourrait s’avérer plus prometteuse !

Lori et Jed sont un couple de parents habitant la banlieue de Chicago. Leurs aspirations sexuelles ne sont plus vraiment les mêmes et ils constatent, le temps d’une soirée, que celles de trois couples d’amis sont aléatoires elles aussi…

Je ne connaissais pas Jay Chandrasekhar avant de m’intéresser à ce pilote. Il s’est fait remarquer au sein d’un collectif d’humoristes (Broken Lizard) qui s’est constitué autour d’un groupe d’étudiants de Chicago. Ils ont connu quelques succès grâce à une brochette de longs métrages (dont Super Troopers). Depuis, Jay s’est spécialisé en metteur en scène de comédies. Il a notamment signé une comédie romantique (The Babymakers) et une ribambelle d’épisodes pour des séries comme Arrested Development, Chuck, Community, Happy Endings

Il fait à peu près tout dans Really puisqu’en plus d’en être le créateur, il a écrit le pilote, l’a réalisé et y interprète le rôle principal (Jed). Pour autant il ne se met pas en avant comme peut le faire Lena Dunham par exemple. On sent que l’ambition est plus collective et elle rejoint en cela Married (actuellement sur FX, j’y reviens sans faute, j’adore…). Les deux comédies sont très similaires dans leur approche, la vie sexuelle d’un couple avec enfants pour simplifier, mais leur sensibilité différent. Really ambitionne notamment un positionnement plus dramedy.

La force de Really est à découvrir du côté de son casting. Je ne suis pas encore certain des talents de Chandrasekhar, l’acteur. Par contre, il est très bien entouré à commencer par celle qui interprète sa compagne, Sarah Chalke (Scrubs) très à l’aise et déjà tout en subtilités. Les seconds sont tous intéressants mais on peut citer Selma Blair (Anger Management) et Hayes McArthur (Go On), deux véritables mercenaires qui élèvent sérieusement le niveau d’une composition d’équipe séduisante.

Ce pilote se livre très progressivement avec une tension qui grimpe jusqu’à un climax convenu mais efficace. Le faux rythme, tout à fait assumé, ne sert pas les intérêts d’un pilote qui doit convaincre sur sa seule existence. Néanmoins, j’y crois ! C’est en tout cas bien plus consistant que ne l’était The Rebels par exemple.

Visuels : Really / Amazon
www.amazonoriginals.com

Vous pouvez égelement consultez mes avis sur The Cosmopolitans et Hand of God

Hand of God s01e01

(Amazon) 1 pilote parmi les 5 de la troisième vague !
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Voilà une série qui a toutes les caractéristiques d’un listing qui sortirait de la fameuse moulinette à statistiques de Netflix, si tant est que la dite machine existe. Hand of God regroupe tous les ingrédients clés, jugez plutôt : un jeune showrunner qui a fait ses armes aussi bien à la production qu’au scénario pour une série de second plan ayant connu sept saisons, un réalisateur de blockbuster aux manettes, un acteur principal récemment libéré d’un show câblé avec la stature pour faire l’antihéros, une actrice principale parfaitement reconnaissable pour avoir participé à une grosse machine de network, un second rôle de retour après avoir été au casting d’une série culte, un autre second rôle longtemps cantonné à la comédie qui se transforme drastiquement pour apparaître sous des traits obscurs…
Peu importe finalement que ce pilote soit un objet un peu confus qui ne donne aucune garantie sur l’éventuelle série qui en découlerait. L’attelage est clinquant et on pourrait croire à ce stade qu’Amazon n’en demandait pas tant !

Pour rappel, je commente cette semaine les cinq nouveaux pilotes (troisième vague) soumis au public par Amazon. Le géant de la vente par internet décidera ensuite et ce en fonction des choix du public quels sont les projets suceptibles d’obtenir la commande d’une saison complète. Je vous parlais de la comédie The Cosmopolitans hier et place aujourd’hui au drama Hand of God, un pilote d’une durée d’un petit peu plus d’une heure.

Au sein de la ville fictionelle de San Vicente, le juge Pernell est en perdition. Son fils est retrouvé avec une balle dans la tête dans ce qui ressemble à un suicide. le traumatisme est si violent pour le juge qu’il disparaît pendant trois jours avant de refaire surface emplit de nouvelles croyances…

On doit ce projet à Ben Watkins, véritable couteau suisse (réalisateur, acteur, scénariste, producteur) qui avait exercé ces talents au sein de Burn Notice (111 épisodes en 7 saisons sur USA network).
Il nous livre ici un sujet traversé par la religion mais sans en faire son véritable cheval de bataille. L’idée est de démontrer combien la croyance en certains idéaux peut être transcendée au grès d’un bouleversement psychologique.
Le tableau est en tout cas très sombre. Corruption, justice arbitraire et manigances diverses rythment ce pilote qui se livre dans une étrange torpeur.

Car paradoxalement, la noirceur du récit est noyée dans une atmosphère ensoleillé de type californienne. C’est Marc Forster (World War Z, Quantum of Solace) qui s’est chargé de la réalisation et le résultat fait la part belle aux ambiances mordorées des couchers de soleils de l’ouest américain autour des habituelles séquences nocturnes.
Le cinéaste suisse-allemand délivre une ambiance très réussie mais échoue sur la vivacité tant l’ensemble ne parvient pas à insuffler un semblant de tempo.

Il a pourtant devant sa caméra un casting de grande classe. Ron Perlman trouve ici un rôle à sa mesure et sans doute plus complet qu’en patriarche d’un gang de motard dans Sons of Anarchy. Sa femme est interprétée par Dana Delany (Desperate Housewives, Body of Proof) fait froid dans le dos et démontre un talent qu’on ne lui connaissait pas forcément pour intimider le chaland. Il faut également signaler deux second rôles déjà très performants que sont Andre Royo (The Wire) dans le rôle d’un maire peu recommandable et Garret Dillahunt particulièrement bon (Raising Hope) en born-again assez flippant !

Au delà des qualités intrasèques de la série, Hand of God est une prise de choix pour Amazon. Dans une interview, Watkins expliquait qu’il s’était lancé dans le pitch de son projet auprès des diffuseurs après s’être assuré le soutien de Perlman et Forster. Il était donc en position de force et c’est Amazon qui a été choisie. Cela démontre bien le nouveau statut du jeune studio désormais jugé crédible et séduisant.
Maintenant, dans un registre comparable, j’avais trouvé le pilote de Bosch bien plus efficace. Hand of God est une accumulation de personnages tous plus sombres les uns que les autres et cette entrée en matière parvient difficilement à séduire.

Visuels : Hand of God / Amazon
www.amazonoriginals.com

The Cosmopolitans s01e01 “chapter 1: the broken-hearted”

(Amazon) 1 pilote parmi les 5 de la troisième vague !
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C’est non sans un certain plaisir que je vous retrouve aujourd’hui. Je n’avais pas spécialement prévu de faire une pause estivale dans l’écriture de cette colonne mais elle s’est imposée naturellement et je vous reviens avec des valises pleines d’avis intenses sur un été sériel qui aura été particulièrement dense cette année ; teasing, quand tu nous tiens.
J’espère que vous êtes prêts pour une rentrée qui sera, comme chaque année, riche en nouveautés et je commencerai sans plus attendre, en vous proposant une semaine spéciale Amazon !

Vous le pressentez sûrement, il va beaucoup être question de Netflix en ce mois de septembre. Le lancement en France est imminent et nous devrions en savoir plus bientôt. Mais pendant ce temps là, Amazon poursuit son offensive et multiplie les projets de créations originales. Vous vous souvenez sûrement que j’avais longuement commenté les précédentes vagues de pilotes. En avril 2013, c’est une première salve de huit comédies qui avaient été soumises au public. Deux séries avaient été commandées, Betas (annulée depuis) et Alpha House (dont la saison 2 est en cours de tournage).
En février de cette année, Amazon récidivait avec cette fois-ci 2 dramas accompagnés de 3 comédies. Le saut qualitatif était impressionnant et le vendeur de livres par internet se voyait obligé d’en confirmer quatre sur cinq. Transparent, sans conteste la plus impressionnante, sera disponible ce 26 septembre ; dix épisodes disponibles simultanément et qu’il sera bien difficile de ne pas binge-watcher.

Seulement voilà, une troisième vague était mise en ligne  jeudi dernier. Le niveau reste plus que satisfaisant et déjà, le sériephile désorienté se demande où Amazon pourra bien s’arrêter.
Car comme pour les deux précédentes brochettes, c’est le public qui doit décider du destin des pilotes via un vote électronique (une mesure de popularité sur les réseaux est également prise en compte) et, ne cherchez pas, c’est bien là le vecteur novateur qui ringardise les diffuseurs télé traditionnels.
Comme pour la deuxième vague, deux dramas et trois comédies sont en ligne. L’amateur français aura encore un peu plus de mal pour les découvrir car il lui faut contourner la détection géographique (plus efficace semble-t-il) qui ne permet théoriquement qu’au résidents américains et anglais de voir ces nouveaux pilotes. Mais, au fil de la semaine, vous verrez que je n’en délaisse aucun, bien au contraire !

We’re Parisians !
On commence donc par The Cosmopolitans ! C’était sûrement le pilote le plus attendu parmi les cinq. Tournée à Paris avec un casting prometteur et signé par un metteur en scène aussi apprécié que rare de la scène du cinéma indépendant américain, la série est un objet déconcertant qui ne laisse pas indifférent.
On y fait connaissance avec un trio d’expatriés américains augmenté d’un italien tous installés à Paris. Il est nullement question de les malmener dans des aventures un peu folles. L’ambition ici se trouve dans de simples interactions relationnelles et plus particulièrement celles qui ont trait à ce vieux sentiment qu’est l’amour…

 

Vous l’avez aperçu dans le making-of ci-dessus, The Cosmopolitans est écrit et réalisé par Whit Stillman. Son dernier long métrage, Damsels in Distress, date de 2011 et il venait après une traversée du désert de plus de douze ans du réalisateur. Stillman habitait alors Paris, dans la peau d’un expatrié qu’il évoque aujourd’hui dans ce pilote.
Sa filmographie n’est pas en mesure de prétendre à une popularité débordante. Stillman s’intéresse essentiellement à des personnages issus d’une bourgeoisie dont ne sait pas immédiatement s’ils en cumulent tous les défauts ou s’ils cachent bien une intelligence vivace et cultivée.
The Cosmopolitans ne fait pas exception. les quatre étrangers ne semblent pas rouler sur l’or mais leurs parcours lors de cette introduction consiste essentiellement en une soirée bon chic bon genre. Au préalable, Stillman s’alanguit sur quelques signes bien distinctifs de notre capitale. On imagine que ces cartes postales (le couple qui s’étreint devant la Seine, le verre de vin ou bien encore la station de métro déserte) séduisent le téléspectateur étranger mais ce sera bien plus compliqué pour nous.

En fait, ce pilote est bien trop court, malgré un rythme enlevé, pour permettre à Stillman d’exercer ces talents. La mise en place ne lui permet pas de vraiment laisser libre court aux dialogues de groupe où il excelle. De la même manière, il aborde à peine son habituelle étude du prisme social.

 Hormis l’ambiance parisienne, la forme est sobre mais l’on retrouve le regard direct de l’auteur. Il serait sans doute intéressant d’en voir un peu plus pour laisser le jeu des acteurs prendre toute leur plénitude mais rien ne laisse présager que le public suivra. Le casting, justement, est séducteur. Stillman fait confiance à des actrices et acteurs qu’il a déjà mis en scène par le passé. Chloë Sevigny (The Last Days of Disco), fantastique dans des séries comme Big Love ou Hit & Miss est une prise de choix. Carrie MacLemore et Adam Brody (qui étaient déjà tout deux dans Damsels in Distress) sont dans le ton à défaut de pouvoir réellement faire leurs preuves. Enfin, j’aime beaucoup l’acteur italien Adriano Giannini qui amène un flegme latin bienvenu dans cet univers assez coincé.

The Cosmopolitans est actuellement classée quatrième (sur les 5). Les responsables d’Amazon Studios ont longuement œuvré pour amener Stillman dans leur escarcelle. Ils souhaitaient notamment miser sur un remake/sequel de son premier film (Metropolitan). Le pari semble pourtant très risqué et rien ne dit que la série obtiendra le soutient nécessaire. Comme vous pourrez le constater dans les jours qui viennent, The Cosmopolitans ne sera pas mon premier choix. Il n’en reste pas moins que c’est une comédie dans un style inédit pour le format sériel et une nouvelle preuve que le genre est à même d’attirer tous les cadors de la scène indie !

Visuels : The Cosmopolitans / Amazon
www.amazonoriginals.com

Fargo passe la deuxième !

(FX) saison 2 en 10 épisodes prévues pour la rentrée 2015 -
fargomain

Après vous avoir proposé des récapitulatifs pour chaque épisode de la première saison de Fargo – voir liste de liens en fin d’article –, il m’est apparu nécessaire d’écrire quelques lignes sur le destin de cette série qui s’est précisé ce lundi (21 juillet) !
Elle reviendra bien sur le petit écran fin 2015 et nous en savons désormais un peu plus sur ce qu’elle contiendra.

“We’d rather fail spectacularly & nobly than succeed in a quiet, middling way” John Landgraf

L’arrivée de Netflix – le grand méchant loup, si l’on en croit la presse française actuellement – est loin de paralyser la concurrence. Elle aurait même plutôt tendance à la stimuler. Chez FX, le mot d’ordre est clair : il faut prendre des risques, quitte à tutoyer l’échec. C’est le président de la chaîne, John Landgraf, qui l’affirmait devant un parterre de la TCA en début de semaine.

En l’occurence, Landgraff ne se mouille pas trop en annonçant une saison 2 pour Fargo, et ce d’autant plus après la razzia de nominations empochée par la série aux Emmys (au nombre de 18, un record pour FX). Mais il devait être tentant de jouer la sécurité en s’appuyant sur des personnages qui ont fait leurs preuves (la révélation Allison Tolman dans le rôle de Molly notamment). Hors, comme annoncé, Fargo confirme son statut d’anthologie en consacrant sa saison suivante à une autre histoire, avec des personnages différents et un casting renouvelée – dernier détail qui la distingue d’American Horror Story, l’autre anthologie chez FX –.

Le prequel du sequel !
Toutes les allusions de Lou (Keith Carradine) au sujet des incidents de Sioux Falls n’étaient donc pas vaines ! Après l’intervention de Landgraf, Noah Hawley (Showrunner) et Warren Littlefield (Producteur exécutif) – respectivement à gauche et à droite sur la photo ci-dessus – ont pris place devant les journalistes afin de donner quelques détails la suite. Oui, enfin, il faudrait plutôt parler du début puisque la saison 2 se déroulera en 1979 autour d’un triangle constitué par les villes de Sioux Falls (Dakota du Sud), Fargo (Dakota du nord) et Luverne (Minnesota).

C’est Jean-Maxime Renault (Des News en Série / Allociné) qui me faisait remarquer que ce recul temporel adjoint logiquement à cette seconde saison le qualificatif de préquelle. Par conséquent Fargo ne devient pas à proprement parler une anthologie !
On constate également que la filiation dans le temps est un procédé qui semble plaire aux créateurs de Fargo puisque la série se positionnait déjà après les événements du film grâce au subterfuge de la valise (voir épisode 4).

“He thought he left the war behind, but he came back and here it is, it’s domestic.” Noah Hawley

Que s’est-il passé à Sioux Falls ?!
En 79, Lou Solverson a 33 ans et fait son retour après avoir combattu au Vietnam. Il est State Cop et partage sa vie avec Betsy, sa femme, et Molly, leur jeune fille qui n’a alors que 4 ans.
La famille est décidément très impliquée dans les forces de l’ordre puisque le père de Betsy est Shérif du Rock County (Luverne) et Hawley révèle qu’il aura un rôle important ! On devrait apprendre également comment Lou s’est retrouvé veuf et, à ce sujet, Hawley ne cache pas son excitation devant la possibilité de nous faire découvrir qui était Betsy ! Enfin, dernière personnage redondant avec la saison 1, le lieutenant Ben Schmidt (le chef pas très futé de Gus au sein de la police de Fargo) devrait intervenir dans le récit.

“That time period was really interesting in American history,Post-Vietnam, post-Watergate, just before Ronald Reagan became President. It was… the best of America versus the worst of America—the sort of violence and brutality of it.” Noah Hawley

Le choix du passé de Lou m’a paru celui de la facilité dans un premier temps ! Je trouve que le concept de l’anthologie saisonnnière est fort. Je ne saurai vous dire combien j’attends avec impatience la saison 2 de True Detective à cet égard.
C’est pourquoi j’ai ressenti un poil de déception en apprenant que l’on s’intéresserait au Lou trentenaire. Toutefois, et malgré ce lien de personnage, il faudra que Noah Hawley est sa writer’s room créent de toute pièce une autre intrigue parfaitement distincte. Il faudra rester dans l’esprit des Coen tout en se détachant un minimum de ce qui a été fait en saison 1. Ma micro-déception sera bien vite oubliée !

Au delà de l’hiver !
Pour la saison 1, Hawley annonce avoir pioché dans Fargo bien sûr mais aussi dans No Country for Old Man et A Serious Man parmi la filmographie des frères Coen. En saison 2, il y aura bien évidemment encore du Fargo auquel devrait s’ajouter des clins d’oeil à Miller’s Crossing et The Man who wasn’t there !

Il faudra toutefois se montrer patient. L’année dernière, la production avait démarré en novembre mais elle ne devrait pas commencer avant janvier cette année. Cela aura deux conséquences notables. La série ne devrait pas être de retour avant la rentrée 2015 et le tournage s’étalera sur le printemps, un changement de saison qui semble être au goût d’Hawley !

Liste de mes récap’ d’épisodes :
s01e01 : The Crocodile Dilemma
s01e02 : The Rooster Prince
s01e03 : A Muddy Road
s01e04 : Eating the Blame
s01e05 : The Six Ungraspables
s01e06 : Buridan’s Ass
s01e07 : Who shaves the Barber?
s01e08 : The Heap
s01e09 : A Fox, A Rabbit and a Cabbage
s01e10 : Morton’s Fork

Visuels : Fargo / FX

The Honourable Woman s01e01 “the empty chair”

(BBC Two / SundanceTV) minisérie en huit parties -
The Honourable Woman

Le proche orient est au coeur de l’actualité ces jours-ci. L’exemple de Tyrant* — diffusée actuellement sur FX — démontre combien il est compliqué d’en faire un décor de série, du moins pour les occidentaux.
C’est pourtant le sujet de The Honourable Woman, une minisérie du duo BBC/SundanceTV en huit parties qui confirme avec force tout le talent de son créateur, l’anglais Hugo Blick (The Shadow Line).

Avant de vous présenter la série plus en détails, je vous propose d’écouter la voix de Thom Yorke :

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C’est le compositeur anglais Martin Phipps qui se charge de la bande son originale et le résultat est d’ores et déjà sublime. Quelque part au milieu de l’épisode, il y a également ce “How to desappear completely” des Radiohead que l’on écoute presque en intégralité. Durant l’une de ces mises en parallèles inspirées entre les deux personnages principaux, la mélodie très progressive du morceau prend possession de la scène et accompagne idéalement sa teneur très mélancolique.

On ne présente plus vraiment Radiohead. Ce titre fait partie de Kid A, leur quatrième opus publié en 2000. OK Computer, leur précédent disque propulse le groupe vers la notoriété dès 1997. Pourtant le groupe vit mal ce succès et envisage même la dissolution.
Thom Yorke et ses compère trouvent finalement l’inspiration en redoublant leurs expérimentations. Kid A est un disque hétéroclite, presque une bande originale de film qui évolue entre calme et envolées. Pendant sa conception, les membres du groupe on lu le No Logo de Naomi Klein et entreprennent alors une démarche pleinement indépendante qui constitue une composante principale de leur ADN actuel. Rétrospectivement, il ne fait plus aucun doute que ce disque fait office de pivot dans leur carrière.

Une succession pas simple à assumer
L’an passé, SundanceTV et la BBC — en compagnie de UKTV, une filiale de la BBC basée en Australie et en Nouvelle Zélande — nous avait proposé Top of the Lake. Cette minisérie de Jane Campion avec Elisabeth Moss (Mad Men) et diffusée en novembre dernier sur Arte était un petit bijou !
Cette année, le duo de diffuseurs remet ça pour une production plus ancrée côté anglais mais toujours centrée sur une actrice américaine, en l’occurrence Maggie Gyllenhaal. Sur le papier, le défi est de taille pour l’actrice. Elle doit assumer la comparaison avec Moss. Si elle a déjà officié pour le petit écran, c’est sa première tentative sur un format long. Et puis, c’est un écueil toujours redouté, il lui fallait être performante avec un accent anglais !
Il est sans doute encore trop tôt pour se prononcer — j’écris ces lignes après n’avoir vu que le premier épisode — mais son interprétation d’une femme de pouvoir résolue ne laisse pas indifférent. En ce qui concerne la maîtrise de l’accent, je ne suis pas un expert mais la presse anglaise est enthousiaste, c’est dire si la performance est notable.

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De quoi s’agit-il ?
La série débute par une scène d’enfance alors qu’une jeune fille est témoin, en compagnie de son frère, de l’assassinat de son père, rattrapé par son activité de marchand d’armes. De nos jours et désormais à la tête de la société familiale, Nessa Stein (Gyllenhaal) vient tout juste d’être anoblie.
Lors d’un discours, elle insiste sur la vocation philanthropique de sa fondation et annonce sa préférence pour un sous-traitant palestinien. Mais le représentant en question vient de se pendre et le thriller peut commencer…

“I have a lifelong interest in the region, it is a cauldron of human identity, and it’s this turbulence reflected in the character of Nessa Stein that I wanted to explore. [...] Drama and entertainment in general should never shy away from difficult subjects, emotionally charged issues or complex themes.” Hugo Blick (source : BBC)

Paradoxalement, le sujet renforce la série. Il n’est pas question ici d’établir une prise de position dans le conflit. Stein est une binationale (Anglo-Israëlienne) qui fait des choix sûrs et difficiles dans le but de faciliter une éventuelle réconciliation.
Lorsqu’on l’interpelle sur son personnage principal qui représente fatalement Israël. Blick souligne la présence de la talentueuse Lubna Azabal (Paradise Now) pour témoigner de l’équilibre de son récit.

La Taupe
Blick m’avait subjugué avec The Shadow Line (diffusée en 2011 sur la BBC). The Honourable Woman emprunte la même structure du thriller à plusieurs entrées. Mais la minisérie tend également vers la tradition bien anglaise du récit d’espionnage chère à John Le Carré.
Autre similitude avec sa précédente minisérie, on assiste dans ce premier épisode à une course poursuite à pieds échevelée. La scène fait écho à une cavalcade folle assez proche — quoique bien plus longue — dans The Shadow Line. Le procédé et sa facture résolument low-tech évoque les films de conspiration des années 70.

Dans cet univers, c’est un réel plaisir de retrouver Stephen Rea (Sir Hugh) ! L’irlandais déjà présent dans The Shadow Line s’est également distingué l’année dernière dans l’Ovni Utopia.
Rea se glisse ici dans les habits sombres d’un agent des renseignements poussé vers la retraite. Bien peu d’acteurs sont capable d’un tel flegme d’éternel chien battu aussi délicieux ! Comme évoqué plus haut, son parcours est mis en parallèle avec celui de Stein. Ce qui fait de lui un personnage à surveiller.

Sans trop en dévoiler dans le cas où vous n’auriez pas vu l’épisode, une scène assez dramatique propulse Nessa dans les territoires occupés. Ce qui semble être un flash-forward ajoute au mystère de la série mais lui confère une dimension internationale bienvenue. Il va falloir compter avec The Honourable Woman cet été !

Visuels : The Honourable Woman / BBC Two / SundanceTV
Musique : Radiohead “how to desappear completely” (2000 Parlophone Rec.)

*: Je reviens sur Tyrant prochainement. La série est très décevante, je ne vous le cache pas, et je préfère laisser passer quelques épisodes avant de me prononcer…