Fargo s01e01 "the crocodile dilemma"

(FX) 10 épisodes prévus -
Fargo (FX) épisode 1

Je vous propose aujourd’hui un exercice que je n’ai encore jamais pratiqué dans cette colonne : le récapitulatif ou compte rendu si vous préférez. Véritable institution outre atlantique, il est moins pratiqué dans nos contrées mais certains s’y sont essayé avec talent comme Olivier Joyard au fil de la première saison de True Detective sur les Inrocks.

Comme je décris dans ce qui suit l’intégralité de l’épisode, je dois donc vous prévenir qu’il est hautement recommandé de l’avoir vu avant de lire la suite. Si ce n’était pas le cas, je vous recommande vivement ma présentation de la série qui sera parfaite pour vous l’introduire avant de la découvrir comme il se doit.

 

Tout commence par une petite route de campagne. Il fait nuit et l’on distingue grâce au phares d’une voiture approchante que les lieux sont recouverts de neige. Le décor est planté et l’instant d’après nous pouvons contempler en gros plan le conducteur du véhicule arborant une frange capillaire improbable (Billy Bob Thornton). Malgré cet accoutrement risible, le regard de ce personnage mystérieux — appelons Lorne pour l’instant — ne prête pas rire. Il fait même froid dans le dos son regard et tout cela se confirme alors que l’on s’aperçoit qu’il retient quelqu’un contre son grès dans son coffre.
Le personnage patibulaire, un prisonnier dans le coffre et une contrée enneigée. N’en jetez plus ! Nous voilà sûrement tout proche de Fargo, Minnesota. Mais ceux qui parmi vous ont vu le film des frères Coen avaient déjà retrouvé leurs marques dès le court texte introductif proclamant que tout ceci est une histoire vraie !
Mais la suite s’emballe déjà. Un cerf qu’il n’avait pas vu venir semble se jeter sur son capot et voici notre Lorne plantant sa voiture sur le bas côté à la suite d’un réflexe compréhensible. L’homme prisonnier dans le coffre parvient alors à s’échapper mais il n’ira sans doute pas loin dans son seul caleçon. C’est aussi ce que semble penser un Lorne visiblement amoché au front qui se soucie plutôt du cerf agonisant sur la neige.

Changement de lieu saugrenu pour le plan suivant avec le souffle rauque de l’animal qui laisse place à une machine à laver bruyante et secouée de soubresauts réguliers. Nous sommes donc le lendemain matin et le tintamarre de la bécane dans les profondeurs de sa cave parvient à troubler le petit déjeuner de Lester (Martin Freeman), installé à une table de cuisine. Il n’en faut pas plus à sa femme pour qu’elle se lance dans un dialogue en mode passif/agressif. Elle ne se prive pas ainsi de souligner combien Chaz, le frère de Lester, semble réussir en tout alors qu’elle doit se coltiner un perdant. Lester tente mollement de se défendre mais la réplique de Pearl — sa femme donc — est sèche :

“- Well, it’s just slow now at the shop.
- Oh, hon. That’s what ya always say… slow.”

C’est donc bien habillé pour l’hiver —remarquez qu’il vaut mieux dans le coin — par sa chère et tendre qu’il prend la route pour aller travailler. C’est alors l’occasion de constater, à la faveur d’un plan large d’ambiance sur la ville que nous nous trouvons à Bemidji grâce à l’inscription sur  un château d’eau pittoresque. Il s’agit toujours du Minnesota mais comme pour le film — où l’action se déroulait à BrainerdFargo reste une ville proche, décentrée de l’action et dont le rôle reste incertain.
On constate ensuite que Lester n’est pas beaucoup plus en réussite sur son lieu de travail qu’au sein de son ménage. Commercial chez un petit assureur local, il fait littéralement fuir un jeune couple qui était pourtant venu pour une extension de contrat.
Mais notre Lester continue dans la même veine du poissard en rencontrant par la suite Sam Hess accompagné de ses deux fils devant un magasin d’électroménager. Hess qui le ridiculisait régulièrement lorsqu’ils fréquentaient tout les deux le lycée retrouve vite ses habitudes en révélant presque innocemment qu’il avait eu un moment privilégié et intime avec Pearl à l’époque. S’en suit l’inévitable intimidation physique. il faut préciser que Sam est un beau bébé pesant, à vue de nez, le double de Lester la brindille. Et de nez et il question car pensant qu’il va être frappé, Lester surréagit et s’explose de lui même sur la vitrine derrière lui.

Suite logique, nous retrouvons Lester dans une salle d’attente à l’hôpital, incapable de boire une canette de soda tant son pif le fait souffrir. Il se dit sûrement que sa journée ne peut alors pas prendre pire tournure — "What a day !" — mais il va faire une rencontre pour laquelle on devine qu’il aura beaucoup de regrets dans le futur. Mais ça, il ne s’en doute absolument pas en commençant à confier ses déboires à son voisin qui patiente en sa compagnie dans l’espoir de se voir rafistoler son front endommagé dans un accident de voiture. Oui, c’est à un Lorne soudain bien plus bavard que Lester avoue toute sa faiblesse. Sous l’insistance de l’inconnu, Lester finit par lui dire qu’il n’a qu’a aller le dessouder à sa place. L’oeil de Lorne se met à briller et notre bon vieux Lester, pourtant pas très perspicace, comprend que quelque chose vient de se mettre en route et commence à voir l’inconnu sous un autre jour. Lorne ne se démonte pas et relance en plaçant Lester devant un choix implacable : oui ou non ?! Lester ne dit pas oui mais il ne dit pas non alors qu’une infirmière l’emmène se faire soigner.

Pendant ce temps là, Vern, chef de la police de Bemidji est accueilli par Molly, son adjointe sur le lieu de l’accident de voiture de Lorne. Les deux représentants des forces de l’ordre découvre le cadavre du cerf dans le coffre de la voiture abandonnée, constate que le conducteur s’est abîmé sur le volant lors de sa sortie de route et découvre le cadavre du fuyard dévêtu de la veille un peu plus loin dans une forêt.
Vern semble être bon enquêteur, précis dans son boulot et comme il se révèle être une vraie crème de surcroît, autant le suivre chez lui auprès de sa femme enceinte jusqu’aux yeux pour constater qu’il mène une vie bien agréable seulement troublée par les hésitations de sa femme quand à la couleur de peinture à choisir pour les murs de la chambre du futur nourrisson.

Nous nous retrouvons ensuite dans les locaux de Hess et fils, société de transports. C’est un Lorne décidément bien malin qui déboule comme une fleur pour embrouiller les deux frangins, chose relativement aisée tant ces deux là font figure de Beavis & Butt-head incarnés. Le paternel se pointe alors entourés de deux personnes qu’on devine être des associés peu recommandables et Lorne se contente de le dévisager avant de s’éclipser.

En début de soirée, Lester et Pearl rendent visite à son frère évoqué plus haut, le fameux Chaz, Kitty, sa femme et leur fils Gordo — remarquez le caractère imagé des prénoms — et notre abimé du nez clame alors avoir glissé sur une plaque verglas près de la caserne des pompiers… sacré Lester.
Chaz lui propose d’aller à la cave chercher des bières et l’on commence à s’interroger sur l’importance de cette pièce au Minnesota ! Chaz confesse avoir des soupçons quand à un probable autisme de son fils et enchaîne sans transition en exhibant son dernier joujou, une mitrailleuse m249. En s’emparant du monstre, Lester le laisse échapper et c’est un Chaz un rien énervé qui ramasse l’engin éparpillé par terre. On apprendra par Pearl sur le chemin du retour en voiture que notre Lester a réagit — faut croire que ça lui arrive — en frappant son frère.

On quitte alors Bemidji pour une brève escapade à Reno, Nevada. Dans une société avec pignon sur rue qui a tout d’une couverture, un étrange personnage trône en arrière boutique devant une armée de téléphones. Une première conversation semble indiquer que nous somme en présence d’une organisation qui fournit des prestations peu légales consistant à faire disparaître des gens gênants. Le deuxième coup de fil émane de Lorne mais son mystérieux interlocuteur très branché téléphone le nomme Saint Paul. Comme je soupçonne fortement qu’il s’agisse d’un pseudo, nous continuerons à le dénommer Lorne !
L’inconnu s’enquiert de son précédent contrat. Lorne lui assure que c’est réglé. L’homme aux téléphones insiste alors pour que Lorne se rende rapidement à Duluth où l’attend sa prochaine affaire mais notre homme à frange souhaite d’abord régler une affaire personnelle.

Et en effet on le retrouve sur les traces de Sam Hess dans un bar à danseuses, le Lucky Penny, tout un programme. L’instant d’après, Sam est en train de se faire plaisir avec une fille à l’écart des regards indiscrets mais s’interrompt brutalement alors que Lorne lui a glissé un couteau dans la nuque.
Dans la scène suivante, nous sommes au même endroit mais cette fois-ci, c’est Molly et Vern qui découvre le crime. Un autre adjoint, Bill (Bob Odenkirk), visiblement incommodé par les situations trop sanglantes introduit ses deux collègues dans la pièce et l’on apprend par Molly qu’Hess fricotait également avec une organisation mafieuse à Fargo. Tiens revoilà Fargo et l’on fait automatiquement le lien avec l’entourage peu catholique du tout fraîchement regretté Hess un peu plus tôt.

La séquence suivante nous permet de mesurer combien Lorne est un roublard qui aime bien s’amuser ! Il se rend au Leroy Motor In, un motel dans lequel il surprend la patronne en train d’enguirlander un jeune employé. Après l’avoir titillée avec son sourire en coin, il retrouve le jeune sur le parking et lui suggère de pisser dans le réservoir de sa tortionnaire avant d’appeler cette dernière afin que le malotru soit prit sur le fait ! On entrevoit alors l’immense terrain de jeu que doit représenter cette contrée peuplée de naïfs qu’il peut faire tourner en bourrique à volonté.

Le lendemain, Vern retrouve Molly dans le diner de son père, Lou’s coffee shop. Il remarque que son adjointe a du potentiel car elle a d’emblée écarté la possibilité que le macchabée désapé et le conducteur de la voiture accidenté soit la même personne. Dans un éclair de prescience, Vern lui avoue qu’il préférait la voir à sa place plutôt que l’autre adjoint pas très futé — Bill, aperçu un peu plus tôt — bien qu’il ait plus d’ancienneté. Tout cela pourrait sembler un rien sentimental mais on verra un peu plus tard que ce passage de témoin aura son importance

On découvre ensuite Gina Hess (Kate Walsh) chez elle, tout juste veuve et qui semble plus préoccupée par la bonne tenue de son décolleté ! Elle est briefé par l’un des types peu recommandable que fréquentait son mari, avant la visite attendue de la police.
Mickey, l’un de ses deux fils, reçoit alors un coup de fil d’un Lorne se faisant passer pour un avocat et qui prétend que ce n’est pas lui mais son frère qui va hériter de la fortune paternelle.
Entre temps, Vern et Molly sont arrivé au domicile des Hess mais ils n’ont pas le temps d’en savoir plus sur les relations douteuses de Sam car ils sont interrompu par une bagarre entre les deux frères, à coup de crosse de hockey. Au passage, Molly nous gratifie d’un plaquage spectaculaire sur l’un des deux rejetons.

Alors qu’il se rend au travail, Lester aperçoit Lorne en ville. En arrivant à son poste, son chef lui apprend le décès de Sam et Lester fait tout de suite le lien avec leur conversation dans la salle d’attente de l’hôpital. Le bougre décide alors de retrouver Lorne pour tirer ça au clair. Ce dernier ne dément pas, bien au contraire, et lui explique alors sa façon de penser tout en philosophie primate avec ce calme si flippant qui le caractérise.
Un peu plus tard, Vern reçoit un appel de sa femme qui lui annonce avoir choisi le blanc pour la peinture de sa chambre avant d’être contacté par Molly. Décidément très en verve, elle a eu l’intuition d’interroger le personnel de l’hôpital concernant un éventuel accidenté et le nom de Lester surgit pour avoir discuté bruyamment en salle d’attente avec une personne correspondant au descriptif. Vern qui connaît Lester prévoit alors lui rendre une visite.

Pendant ce temps là notre Lester national tente de réparer la machine à laver dans sa cave. Lorque sa femme remet en route, la bécane rend l’âme et Pearl ne manque pas de le brocarder : “You’re not even half a man !” Pour un peu, on y verrait presque une référence au personnage de Bilbo joué par le même Freeman dans le Hobbit.
Mais Lester, sans doute très influencé par le discours de son nouveau copain Lorne, ne veut plus se laisser marcher sur le pieds. Il se saisit d’un marteau et menace Pearl, laquelle n’a rien vu venir, continuant de le ridiculiser. Alors Lester passe à l’action, et pas qu’à moitié ! Il refait le crâne de sa bien aimée avec l’outil en laissant échapper plusieurs “Aw, Jeez !” entre chaque estocade.
Pour un peu, on pourrait croire que notre Lester sait improviser comme il se doit. Il se débarrasse de ses affaires ensanglantées, appelle son new BFF Lorne au motel pour venir à la rescousse et prépare un fusil de chasse en prévoyant de l’accuser.
Sauf que c’est Vern qui déboule en premier ! Très vite soupçonneux lorsqu’il découvre combien Lester est instable, Vern aperçoit des traces de sang au sol et s’apprête à le menotter mais s’interrompt abattu dans le dos par Lorne. Le chef de la police a quand même eu le temps de prévenir Molly et Lester se retrouve pris au piège dans sa cave lorsqu’elle parvient sur les lieux. Lorne a disparu, il pensait pourtant encore pouvoir l’abattre afin de l’accuser ensuite mais Lester a un éclair de génie : il s’envoie violemment sur un mur pour faire croire qu’il est également victime.
C’est une Molly désemparée qui doit annoncer le décès de Vern à sa femme.

L’épisode touche alors à sa fin mais il reste deux scènes intéressantes à observer. On découvre l’officier de police Gus Grimly (Colin Hanks) en patrouille à Duluth qui surveille sa fille par radios interposées. Un véhicule bien pressé déboule devant lui et le policier entame aussitôt la poursuite. lorsque le chauffard s’arrête, on n’est qu’à moitié surpris de découvrir Lorne au volant. Celui que nous nous devons désormais de qualifier de tueur à gages fait encore preuve de ses talents de persuasion pour impressionner Gus. Malgré ses tentatives pour lui intimer de sortir de la voiture, Lorne repart au grand dam du policier médusé. Là encore, il ne fait aucun doute que Gus va regretter de ne pas avoir été plus ferme…

Le lendemain matin, Lester se réveille sur un lit d’hôpital et se souvient des événements de la veille. La scène finale se déroule en bordure d’un lac gelé. Molly qui accompagne son père à la pêche, rejette une tentative maladroite de ce dernier souhaitant la voir pratiquer un métier moins dangereux. Mais la résolution de notre Molly est exemplaire et elle décide, pour s’en convaincre un peu plus, de retourner au bureau directement !

L’univers des Coen et leur passion pour les personnages qui font les mauvais choix sont parfaitement retranscrits ici. Si les personnages ne sont pas les mêmes, les nombreuses similitudes de caractère bloquent un peu l’amateur du film prit entre deux chaises. Oui, c’est une adaptation mais non, ce n’est pas un remake. Tout porte à croire qu’il faudra donner du temps à la série pour s’exprimer pleinement.
On peut déjà affirmer que l’inévitable comparaison avec True Detective ne passionnera pas grand monde. Au delà du format de l’anthologie, les points de rencontres sont inexistants, notamment sur la forme. La réalisation de ce pilote signée de l’expérimenté Adam Bernstein (Oz, Breaking Bad) est très effacée. elle est surtout parfaitement linéaire et c’est un choix qui dénote sûrement, là encore, une volonté de coller au film original.

Toutefois, et je terminerai là dessus, on devine déjà la grande force de ce Fargo sériel : Le casting ! Thornton et Freeman sont déjà très costauds et tiennent à bout de bras un récit qui navigue entre comédie noire et drame absurde. Les seconds rôles ne demandent qu’à briller également. Heck, tout ça nous promet de belles choses !

 

Quelques observations supplémentaires :

  • C’est parti pour une saison de dix épisodes de Fargo ! J’espère être à la hauteur d’une récap’ aussi complète qu’intéressante à lire. J’espère surtout être efficace sur toute la durée de cette saison.
  • Et puisque je parle de saison, vous le savez peut être déjà mais l’ambition est, si reconduction il y a, de fonctionner sur le registre de l’anthologie. L’éventuelle saison 2 s’intéresserait à une autre histoire avec un autre casting.
  • La conséquence logique du point précédent est la suivante : cette saison aura une fin ! Et bien oui, il fallait souligner, hein !
  • Pour la petite histoire, le texte en ouverture du film — reprit ici au début de l’épisode — n’est pas tout à fait fondé. Le récit du film des Coen n’est pas basé sur une histoire authentique et unique mais plutôt inspirés d’un ensemble de faits divers distincts.
  • Les connaisseurs de la filmographie des frères Coen seront choyés, c’est évident ! J’en veux pour preuve, ce petit clin d’oeil qui rappelle The Big Lebowski lorsque Lester entre dans le restaurant pour y retrouver Lorne. Un panneau indique en effet une promo sur les White Russians, le cocktail préféré du Dude ! Si vous repérez d’autres allusions, n’hésitez pas en faire part en commentaires.
  • Le titre de l’épisode, le dilemme du crocodile,  fait référence à un classique de logique paradoxale. Voir la page Wikipédia associée.

Visuels : Fargo / FX

Festival Séries Mania s05

(Saison 5) du 22 au 30 avril au Forum des Images -
Festival Séries Mania s05

Vous ne savez pas comment occuper votre fin du mois d’avril ? Pourquoi ne pas découvrir de la série, que dis-je, de la très bonne série parmi une programmation aussi riche que pointue durant le Festival Séries Mania qui se tiendra du 22 au 30 avril 2014 au Forum des Images (Les Halles à Paris).

Pour cette cinquième édition, de nombreuses projections (dont plusieurs avant-premières), des marathons, des débats, tables-rondes et rencontres avec celles et ceux qui construisent ces oeuvres sont au programme !
Pour ne citer qu’un exemple, True Detective sera projetée sur grand écran en ouverture du Festival en présence de son showrunner, Nic Pizzolatto (himself !). Ce dernier fera même l’objet d’une masterclass le lendemain.

Que vous puissiez vous y rendre ou pas, j’attire votre attention sur une sélection de web-séries sélectionnées avec soin par les organisateurs en partenariat avec Oriane Hurard et Jérémy Pouilloux (Transmedia Immersive University). Elles sont visibles via le site officiel du Festival et vous pouvez voter afin de participer aux prix des internautes qui récompensera la plus plébiscitée.

A noter que toutes les projections sont gratuites. Il vous faut simplement passer au Forum des Images pour retirer une réservation dès aujourd’hui (les résa. en ligne seront disponible dès l’ouverture du festival).

Pour toutes informations et le programme complet, une seule adresse :
http://series-mania.fr

PS : J’y serai quelques jours qui restent encore à déterminer. J’ai l’immense honneur de faire partie du jury de blogueurs qui devra départager une oeuvre dans la catégorie “séries du monde”.

 

Silicon Valley s01e01 "minimum viable product"

(HBO) saison 1 en 8 épisodes -
07-silicon-valley

Dimanche dernier, outre les retours en fanfare de Veep (saison 3) et du Game of Thrones (saison 4), HBO programmait un nouveau dramedy très géographiquement centré : Silicon Valley.
Le genre de la comédie sur lieu de travail est déjà bien défriché avec des séries comme The Office ou bien Parks & Recreation. L’univers des geeks fait également le bonheur des téléspectateurs de CBS grâce à The Big Bang Theory depuis maintenant sept saisons tout de même. Y-avait-il donc une place supplémentaire pour cette histoire d’incubateur disruptif ?

Mais passons à la musique si vous le voulez bien ! Vous vous demandez quelle musique convient le mieux à un univers chargé en composants électroniques ? Eh bien la voici :

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Le premier de ces deux morceaux accompagne le court générique de Silicon Valley et impulse véritablement la couleur musicale du reste de la bande son. Le musicien derrière ce son si caractéristique se nomme Thomas Fec mais il propose ses titres sous le nom de scène de Tobacco.
Fec est plus connu comme leader d’un effort collectif au nom à rallonge de Black Moth Super Raimbow. Basés à Pittsburgh, le quintet garde un certain anonymat et pratique une éléctro expérimentale elle aussi, mais plus facile d’accès que Tobacco.
Si le groupe possède une base de fans fidèles, leur musique leur ouvre toutefois bien peu de portes. Ainsi, leur dernier disque — Cobra Juicy — a été financé grâce à Kickstarter, ce qui, vous en conviendrez, les rapproche singulièrement de l’univers "startupien" !

La démarche de Fec est ses acolytes consiste à utiliser majoritairement un son analogique, à savoir des synthétiseur anciens, des filtres que plus personne n’utilise et bien sur le vocoder bien avant son retour en force au sein de la scène hip hop.
Cette musique électronique non répétitive et qui ne renie pas son aspect bricolée dans son garage convient parfaitement à l’univers d’un groupe de programmateurs qui cherche à percer.

Et justement, de quoi est-il question dans ce pilote ? Richard Hendrix est un informaticien qui en plus d’un job dans une firme technologique de Palo Alto (la fictionnelle Hooli), tente de monter un projet dans le cadre d’un groupe de développeurs rassemblés au sein d’un incubateur du bas de l’échelle. Souvent moqué, Hendrix parvient pourtant à surprendre son monde avec un algorithme de compression potentiellement révolutionnaire…

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La série est chapeauté par un cador de la télé US, un dénommé Mike Judge ! Celui qui a créé le célèbre duo peu animé mais très grossier Beavis & Butt-head est depuis considéré comme une sorte de gourou de la scène comique nord américaine. Mais Judge apporte ici encore un peu plus de crédibilité au projet. En effet, il écrivait et réalisait Open Space en 1999 qui reste, aujourd’hui encore, considéré comme une référence dans la représentation de l’informaticien dans son environnement de travail.
Si l’on recule un peu plus loin, Judge est un ancien majeur de promotion en physique qui a brièvement exercé dans une société de la Silicon Valley justement. Tout cela faisait de lui la personne idéale pour aborder la question.

Mais Silicon Valley nous parvient seulement quelques mois après Betas, autre tentative pour décrire le quotidien du wannabe programmateur immergé dans ce coin si particulier de Californie qui marquait les débuts — en compagnie d’Alpha House — d’Amazon en matière de création originale.
Très proche sur le papier, Betas utilisait l’environnement comme un prétexte pour évoquer une bande de jeunes touchée de plein de fouet par cette "associalite" aiguë qui fait, semble-t-il, des ravages en ces lieux, alors que le Silicon Valley version HBO ne s’intéresse pas à ces personnages — du moins pour l’instant — et préfère éclaircir le  quotidien des différentes structures que constitue la sphère informatique locale.

Après seulement un épisode, il est encore un peu tôt pour affirmer que Silicon Valley atteint son but. Pourtant, j’aime beaucoup la manière dont elle s’approprie un antagonisme fort de ce milieu. Les nouvelles technos tentent systématiquement, tant bien que mal, de véhiculer une image qui a quelque chose à voir avec une attitude punk alors qu’elles sont principalement le fait d’ingénieurs très respectueux des bonnes manières.
Si le tableau semble dans le vrai, Silicon Valley sera surtout jugée pour sa capacité à développer une trame narrative consistante en huit épisodes. Ce pilote ne donne aucune garanties dans cette voie.

Silicon Valley (HBO) posterVisuels : Silicon Valley / HBO
Musique : Tobacco “stretch your face” & “backwoods altar”
(2010, 2008 Anticon Rec.)

Fargo (aperçu)

(FX) en 10 épisodes à partir du 15 avril -
FARGO - Pictured: Billy Bob Thornton as Lorne Malvo. CR: Chris Large/FX

Je renoue aujourd’hui avec l’exercice de l’aperçu ! Pour être plus précis, il s’agit même de ma première chronique sur ce registre depuis le début de l’année. Je ne vous cache pas que c’est avec un certain plaisir que j’évoque aujourd’hui Fargo.
2014, c’est un peu l’année des grandes manoeuvres pour FX. Deux véritables locomotives de la chaîne, Sons of Anarchy puis Justified, s’apprêtent à dévoiler leur saison finale et il est donc nécessaire de renouveler. Dans ce but, la chaîne câblée — propriété du groupe FOX — propose d’ici cet été un trident très ambitieux : The Strain de Guillermo del Toro (juillet), Tyrant de Gideon Raff (juin) et donc Fargo de Noah Hawley dès la mi-avril. Ne tergiversons pas, oui, les frères Coen sont crédités comme producteurs mais ils sont restés en retrait. Pourtant, Tout porte à croire qu’ils sont ravis du résultat et je vais tenter de démontrer pourquoi cette tentative de faire revivre Fargo s’annonce prometteuse !

Fargo n’est peur être pas le film le plus connu des frères Coen — la popularité de leur film suivant, The Big Lebowski, ne cesse de m’étonner — mais il est souvent cité en bonne place lorsqu’il s’agit de dessiner les contours de la filmographie du duo. Récompensé par le prix de la mise en scène à Cannes puis par le prix d’interprétation féminine (Frances McDormand) et celui du scénario aux Oscars, ce long métrage est d’un des rares parmi leur oeuvre qui a su séduire tous les publics.
Les Coen sont originaire de La banlieue de Minneapolis et n’ignorent par conséquent rien du Minnesota ainsi que de l’état voisin du Dakota du Nord. Fargo s’inspire d’ailleurs librement d’une série d’authentiques faits divers. L’histoire est celle d’un vendeur de voiture endetté qui tente d’escroquer son riche beau-père en commanditant via un duo de malfrats l’enlèvement de sa femme.
Comme souvent dans le cinéma des frères Coen, les protagonistes optent pour les mauvais choix et le spectateur découvre médusé une fable toute en ironie matinée d’humour noir. Mais contrairement à leurs films précédents, Fargo est d’une facture minimale. Hormis quelques plans larges d’immensités neigeuses, la mise en scène est austère, de celle qui s’effacent pour laisser les acteurs faire le travail. Et quel travail ! Frances McDormand, Steve Buscemi et William H. Macy — pour ne citer que ces trois là — sont fantastiques (vous remarquerez que les deux derniers font les beaux jours de belles séries du petit écran actuellement).

Après le succès du film qui sort en 1996, une adaptation sérielle avait déjà été imaginée l’année suivante. Le projet était alors soutenu par le scénariste Bruce Paltrow (The White Shadow) et  produit par Robert Palm (Law & Order). NBC donne son accord puis se désiste. En 1998, CBS reprend le flambeau et en commande un pilote avant de se désengager à son tour. Pourtant, c’était l’immense actrice, Kathy Bates, qui avait réalisé le pilote et la distribution comprenait notamment une certaine Edie Falco — juste avant Les Sopranos — en lieu et place de McDormand. Je vous propose d’en voir tout de suite quelques extraits :

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Warren Littlefield faisait partie de l’exécutif chez NBC à l’époque. L’encadré sur son curriculum vitae qui liste les séries qu’il a supervisé lors de ces année à la tête du network au paon provoque généralement un certain émoi chez le sériephile. Citons tout de même quelques titres :  Cheers, The Cosby Show, The Golden Girls, Seinfeld, The Fresh Prince of Bel-Air, Law & Order, Mad About You, Frasier, Friends, ER, Homicide: Life on the Street, Will & Grace ou bien The West Wing.
A l’occasion d’un panel en janvier dernier, Littlefied explique alors que le duo Paltrow/Palm lui avait offert en 97 une boule à neige personnalisé façon Fargo. Il y a trois ans, l’objet trônant sur son bureau lui rappellera au bon souvenir de ce projet. S’impose à lui ce constat qui veut que ce qui n’était à l’époque pas transposable en série de network est certainement, aujourd’hui, un solide projet de série pour le câble !

Littlefield fait alors appel à un scénariste qu’il connaît bien. C’est en effet avec Noah Hawley qu’il avait crée le mockumentary My Generation en 2010 (annulé rapidement par ABC). Hawley est surtout connu pour avoir officié sur Bones (de 2005 à 2008) en tant que scénariste et producteur. Outre My Generation — qui était déjà une adaptation d’un format suédois — Hawley est également à l’origine de The Unusuals (une seule saison sur ABC).
Celui qui est parallèlement auteur de quatre romans imagine alors une trame qui s’étale à l’échelle d’une saison. Il y a quelques mois, FX présentait justement la série comme leur premier effort en matière de “limited series”, appellation tendance pour éviter d’employer le terme de minisérie. Depuis, True Detective étant passé par là, on en parle plus volontiers comme d’une anthologie. La vérité des audiences aura certainement raison de la nuance.
De leur côté, les frères Coen on donné leur aval sans plus de commentaires. Mais tout porte à croire que le script signé par Hawley (il serait crédité de 6 épisodes sur 10) les a séduit, notamment parce qu’il ne s’est pas contenté d’adapter.

Car oui, le Fargo version FX se situe dans la même région mais les personnages ne sont plus exactement les mêmes. L’essentiel de l’action ne se déroule plus à Brainerd mais à Bemidji (un peu plus au nord mais toujours dans le Minnesota). On devine une forte continuité des tempéraments mais c’est une autre histoire qui s’annonce.
Lester Nygaard est un petit assureur naïf qui se laisse embarquer dans un acte hautement répréhensible par un mystérieux Lorne Malvo dont tout le monde ignore les motivations…


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Les bandes annonce ci-dessus laisse entrevoir un casting absolument fabuleux ! On ne présente plus le duo principal constitué de Billy Bob Thornton et Martin Freeman. Thornton, affublé ici d’une coupe de cheveu diabolique, connaît bien l’univers des Coen pour avoir tenu le rôle principal dans The Barber (The Man who wasn’t there). Quand à Freeman, son talent pour la dérision n’est plus à démontrer après trois saison dans le rôle de Watson (Sherlock) et les deux premiers volets de la trilogie du Hobbit sous le costume de Bilbo Baggins.
Mais les seconds ne sont pas en reste. Vous aurez reconnu le Bob Odenkirk de Breaking Bad, les Colin Hanks et Keith Carradine de Dexter ou bien encore Kate Walsh de Private Practice.
Enfin, on surveillera également les prestations du passe-partout Adam Goldberg ainsi que celles des deux comiques Jordan Peele et Keegan-Michael Key dans la peau d’un duo de fédéraux improbable.

Joel Coen once described Minnesota and North Dakota as “Siberia with family restaurants.”

Peu d’éléments ont filtrés sur la série et cela se comprend, tant elle devrait reposer sur le suspense. Nous savons toutefois que le tournage à eu lieu au Canada, à Calgary et plus largement dans la province de l’Alberta. La météo, particulièrement virulente cet hiver s’est arrangée pour fournir un décor de circonstance. Les températures fleuretant régulièrement avec les -30°.
Mais au delà de son manteau neigeux, le choix de Calgary s’imposait aussi car elle possède les équipes expérimentées nécessaires, qui font notamment un travail brillant sur Hell on Wheels (AMC) depuis trois saisons.

Voilà, si vous n’en pouvez plus d’attendre, les sept premières minutes sont en ligne sur Yahoo. et puis il y a ces (trop ?!) nombreux teasers à déguster. Quoi qu’il advienne, je reviendrai sur la série pour livrer mon avis.

Visuels : Fargo / FX

Mammon s01e02

(NRK) saison 1 en 6 épisodes et saison 2 commandée -
Økokrim-etterforskeren Vibeke (Lena Kristin Ellingsen) i Mammon

C’est une chronique musicale relativement minimale que je vous propose aujourd’hui ! Je vais faire court, une fois n’est pas coutume et ce pour plusieurs raisons. En premier lieu, je ne vous cache pas mon ignorance à l’endroit de la scène rock norvégienne ! Et puis je vais, pour l’instant, éviter d’entre dans les détails concernant Mammon.
J’y reviendrai ici, c’est promis, mais je souhaite pour l’instant ne pas entrer dans les détails en raison de ma participation au jury de blogueurs qui devra départager une oeuvre parmi les différentes séries proposées lors du festival Séries Mania dans la catégorie dite "du reste du monde". Je vous avoue franco que je suis pas qu’un peu fier d’en faire partie ;o)

Mais, sans plus attendre, Rock n’ Roll :

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Thulsa Doom est donc un groupe norvégien dans la pure tradition du stoner rock si populaire chez nos amis scandinaves. Ils sont originaires d’Oslo et leurs noms de scène dénotent un certain sens de l’humour puisque chacun contient le mot "doom" : El Doom, Angelov Doom ou bien encore le truculent Doom Perignon…
Ils comptent trois albums et un EP à leur actif enregistrés depuis 2000. Je n’en sais pas beaucoup plus mais avouez que ça déménage !

Quand à Mammon, je me contenterai de préciser que c’est un thriller nordique comme on les aime. De ceux que les anglais aiment affubler de l’étiquette "Scandi-noir". La forme très froide évoque bien sûr Bron/Broen mais c’est une intrigue éloignée de la structure policière — ce qui est clairement en sa faveur — qui s’intéresse un journaliste un peu à la manière du Millenium de Stieg Larsson.

Voilà, j’espère avoir piqué votre curiosité si vous n’en aviez encore entendu parler.

Visuels : Mammon / NRK
Musique : Thulsa Doom "learn from TV" (2003 Big Dipper Rec.) 

Masters of Sex s01e12 “manhigh”

(SHO) saison 2 prévue cette année -
Episode 101

Voilà une série que j’ai longtemps hésité à distinguer dans ma rétrospective 2013. Elle aura notamment été la seule à véritablement surnager dans une fin d’année en roue libre du câble américain. Bien soignée et sur une thématique chère à la chaîne, Showtime s’offre ainsi sa série d’époque, son "Mad Women" !
Seulement voilà, une excellente Lizzy Caplan sur une adaptation d’une belle biographie ne suffit pas pour convaincre le sériephile biberonné aux séries d’époque.

Avant d’être une série, Masters of Sex est donc un livre signé Thomas Maier (2009). Un long sous-titre explique déjà bien les contours de son texte : "The life and times of William Masters and Virginia Johnson, the couple who taught America how to love".
Maier est journaliste depuis plus de 30 ans pour le quotidien Newsday (Long Island, NY) et Masters of Sex constitue sa quatrième biographie publiée. Il a pour la première fois l’idée de ce livre en 1994 alors qu’il est chargé d’interviewer William Masters quand ce dernier prend sa retraite. Le sexologue décédera en 2001 mais Maier entreprend l’écriture de son texte en 2006, s’appuyant sur un manuscrit non publié du gynécologue et de nombreux entretiens avec Virginia Johnson. Elle non plus, n’aura pu découvrir son personnage de fiction puisqu’elle disparaîtra en juillet dernier à Saint louis.

 Masters of Sex par Thomas MaierIntrigué par l’histoire de ce couple plutôt méconnu, en tout cas pour ma génération, je me suis lancé dans la lecture du récit de Thomas Maier parallèlement à la diffusion de la série. En préface, Maier souligne l’universalité de la chose sexuelle et l’on comprend rapidement que le midwest américain des années 50 va constituer un environnement particulièrement hostile à toute étude sur la question.
Maier prend le temps d’évoquer la jeunesse de ces deux personnages alors que la série débute directement dans le vif du sujet. Avant d’être un brillant gynécologiste, Masters a une enfance compliquée du côté de Cleveland et un premier amour qu’il ne parviendra pas exprimer à l’élue de son coeur dans sa jeunesse. Avant d’être engagée par ce même Masters comme secrétaire en 1954, Johnson a grandi dans une famille de fermiers du Missouri puis devient chanteuse durant la guerre.

A l’écran, tout commence avec la rencontre de ces deux personnages qui vont progressivement mettre en place l’une des études les plus poussée sur la chose sexuelle…

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La comparaison avec Mad Men est inévitable ! Les époque son proches, la relation Bill/Virginia évoque celle entre Don et Peggy et puis surtout, malgré les univers différents, les thèmes se rejoignent souvent (la place de la femme sur le lieu de travail, l’homosexualité refoulée, l’éducation des enfants avec parents séparés, l’infidélité, etc…).
D’ailleurs Maier ne cache pas qu’il avait eu deux ou trois offres sérieuses concernant les droits de son oeuvre pour en faire un film mais que seuls les producteurs de la série sont parvenu à le convaincre en lui promettant un résultat à la “Mad Men” !
C’est Michelle Ashford qui s’est chargé d’adapter son récit pour le petit écran. Avant d’y faire ses débuts dans le rôle de Showrunner, Ashford a connu tous les petits jobs de l’industrie (Accueil, Assistante,…). Puis elle s’était fait connaître en collaborant sur une autre référence prestigieuse du registre d’époque basée sur des faits réels, à savoir la minisérie The Pacific (HBO), qui lui a valu d’ailleurs plusieurs récompenses.

Ashford et la production ont souhaité associer Maier dès le départ. Ce dernier a suivi le projet en tant que conseiller et nul doute que sa connaissance du couple aura été précieuse.
La comparaison entre la biographie et la série permet de mesurer toute l’ampleur du travail d’Ashford et de sa writing room. Il en ressort qu’elle a souhaité donner une direction feministe plus prononcée à sa série. Le matériau de base allait effectivement dans ce sens en relatant notamment les avancées de Masters/Johnson sur l’orgasme fémimin. Toutefois, le trait est grossi dans la série et je trouve que c’est au détriment de l’ensemble.
Il faut l’avouer, la tentation était grande de stigmatiser une époque d’après-guerre encore marquée par la supériorité masculine. Je trouve que le propos est d’ailleurs parfaitement justifié mais il me gène lorsqu’il dénature en partie la réalité du texte de Maier. L’essentiel du décalage se concentre sur la personnalité de Masters qui devient alors dans la série, non plus le brillant et avisé praticien qui avait su nouer des liens forts avec la communauté de Saint-Louis au fil d’années de consultations mais un personnage rongé de l’intérieur et asocial qui apparaît désemparé.

Cette distorsion est par contre au bénéfice de Johnson ! On découvre progressivement une femme incroyablement moderne au sein d’une société figée. Elle parvient à concilier l’éducation de ses enfants avec un travail aux trop nombreuses heures supplémentaires et, comme si ce n’était pas suffisant, se permet de dominer toute sa classe dans des cours qu’elle suit parallèlement. Alors, bien sûr, tout n’est pas facile pour la secrétaire, deux fois divorcée et aspirant à un autre statut. Pourtant, rien ne semble résister à sa volonté de fer, accompagnée par moment d’une confiance en elle presque surréaliste.

L’aubaine s’avère idéale pour Lizzy Caplan ! Sa carrière jusqu’ici surtout dominée par la comédie trouve ici un point d’inflexion majeur avec un rôle dramatique magnifique. Toujours juste quelque soient les circonstances, elle délivre une performance des plus abouties sur le petit écran contemporain.
A ses côté, il faut tout le talent de Michael Sheen pour lui permettre d’exister. Mais n’oublions pas que Masters of Sex peut également s’enorgueillir d’un beau trio de seconds rôles aussi expérimenté que talentueux. Alors qu’ils sont tous les deux à l’affiche de sitcoms via d’autres networks, Allison Janney (Mom) et Beau Bridges (The Millers) excellent dans leur interprétation du couple Scully. Leur présence donne une profondeur incontestable à la série et de l’équilibre vis à vis d’un casting relativement jeune par ailleurs.
Enfin, je voulais signaler le talent de Julianne Nicholson sous les traits du Dr Lillian DePaul. L’actrice, qui me fascine également ces jours-ci dans The Red Road, est brillante à chacune de ses scènes.

Tout comme Mad Men, la prépondérance du lieu de travail facilite le travail des équipes chargées de constituer les décors. Quelques extérieurs agrémentés d’automobiles de collection permettent de nous évader un peu des couloirs d’hôpital. Nous sommes toutefois bien loin ici de l’opulence d’une Magic City qu’il sera bien difficile à surpasser.
Dans la même lignée, la mise en scène est continuellement en retrait, et j’irai même jusqu’à dire d’un classicisme désuet pour une chaîne comme Showtime où la tendance habituelle est inverse.

Après la diffusion de quatre épisodes, le network n’a pourtant pas hésité à renouveler la série. On aprenait récemment que cette saison 2 serait programmée dès la mi-juillet, ce qui relativise de manière significative l’intérêt de Showtime pour la série.
Michelle Ashford et son équipe ont donc fort à faire pour relancer leur histoire et ne pas se contenter de s’appuyer sur un casting impressionnant. Mais plus encore, il faudra convaincre ainsi que le récit de ces sexologues de renom méritait plus qu’une minisérie !

Visuels : Masters of Sex / Showtime

Taxi : Brooklyn s01e01 "le prix de la course"

(TF1) 12 épisodes à partir du 14 avril -
Taxi : Brooklyn

Ce week-end, un fan de Chyler Leigh — il se reconnaîtra — me rappelait au bon souvenir de Taxi : Brooklyn, l’adaptation de la franchise bien connue au format sériel. Il se trouve que sa diffusion a débuté en Belgique et, pris d’une étrange impulsion, je décidai d’y consacrer trois quarts d’heure entre le dernier The Red Road et le pilote de Série Noire ; drôle de brochette, je vous l’accorde.
TF1 trouve ici une série bien plus aboutie qu’une No Limit par exemple mais ne comptez pas sur moi pour en regarder un seul épisode de plus.

L’histoire reprend bien sûr la trame des Taxis (qui sont au nombre ahurissant de 4). Caitlyn Sullivan aka “Cat” est inspectrice du 125th Precint — fictif tout comme le 99 de la comédie sur la Fox d’ailleurs — à Brooklyn. Rapidement privée de son permis de conduire, elle s’en remet à un chauffeur de taxi, Leo Romba, qu’elle soupçonnait de complicité dans un braquage au départ…

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Taxi : Brooklyn est la troisième incursion d’Europacorp au format sériel après XIII et No Limit. La société fondée au départ par Luc Besson est la première société étrangère à bénéficier d’un crédit d’impôt pour un tournage dans l’état de New York. C’est Olivier Megaton (Colombiana, Taken 2) qui s’est chargé de la mise en scène des deux premiers épisodes et Stephen Tolkin (Perception, Brothers & Sisters) fait office de showrunner.

Entièrement en anglais — et par conséquent doublée dans nos contrées — avec Chyler Leigh (Grey’s Anatomy) donc et Jacky Ido (Inglorious Bastards), Taxi : Brooklyn prend rapidement les traits d’un copshow dynamique et efficace à défaut d’être original. Le montage est vif, le duo principal est solide mais tout cela n’éveille aucune curiosité chez le téléspectateur !
On peut également regretter un volet humoristique qui ne décolle pas vraiment. Leigh et Ido semblent un peu coincés et le script s’avère passablement timide sur ce registre.

A ce stade, il me parait utile de rappeler aux éventuels  chafouins que j’avais dis du bien de Falco ! Et puis, nous ne nous ferons pas vraiment de soucis pour l’accueil de Taxi : Brooklyn sur TF1 car, après tout, la bien piètre No Limit va connaître une saison 3…

Visuels : Taxi : Brooklyn / Europacorp

Broad City s01e09 “apartment hunters”

(Comedy Central) saison 1 en dix épisodes et saison 2 prévue -
Glazer / Jacobson / Broad City

Voilà une comédie que je voulais présenter dans cette colonne depuis déjà quelques semaines. Il m’est très vite apparu qu’elle serait une parfaite candidate à ma chronique musicale du vendredi. La bande son de Broad City est en effet parfaitement accordée avec le style exubérant des deux protagonistes et les choix musicaux, effectués tout au long d’une saison qui touchera à sa fin la semaine prochaine, sont excellents.
Finalement, je dois bien vous avouer que je suis ravi d’avoir attendu car cela me permet de vous décrire aujourd’hui ce qui restera sûrement comme le gros coup d’éclat des débuts de la série !

Ilana et Abbi sont deux jeunes femmes installées à New York et en lutte perpétuelle pour gagner décemment leur vie. Les deux amies sont inséparables et trouvent sur leur chemin des situations encore plus étranges que leur façon d’être déjà un peu décalée….

Habituellement, je vous aurais proposé ici une bande annonce mais nous ferons une exception pour Broad City en découvrant les premières minutes de ce neuvième épisode. Je précise que le caractère débridé de la série vous permet de voir cet extrait sans craindre d’éventuelles révélations.

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Ce passage est assez spectaculaire, avouez-le, et puis il symbolise bien mieux l’esprit de la série que tout autre bande annonce.
Ilana est clairement attifée à la manière d’une Nicki Minaj et Abbi revêt un look total sac poubelle qui rappellera des souvenirs aux aficionados de la scène R&B circa 1997. En effet, Missy Elliott faisait alors sensation dans un accoutrement similaire pour un clip signé Hype Williams. Toute cette séquence d’ouverture pour Broad City évoque cette vidéo — The Rain (Supa Dupa Fly) visible sur Youtube — et en particulier les gros plans de type fish-eye.

DrakeToutefois, la musique n’est pas d’Elliott mais est extraite du dernier album de Drake. Né à Toronto au Canada, Aubrey Drake Graham est un artiste à l’ascension fulgurante. Sa carrière musicale n’a réellement débutée qu’en 2009 mais il est ajourd’hui après quelques mixtapes et trois albums au sommet du rap game.
Sa palette complète qui lui permet de chanter aussi bien sur un registre R&B que sur du rap en font l’un des piliers majeurs de la scène contemporaine.

Le choix de Drake peut surprendre si l’on s’attarde sur le caractère ostensible de l’hommage à Missy Elliott. C’est Matt “FX” Feldman, en charge de la supervision musicale pour la série qui s’en explique via un entretien sur Flavorwire. Le titre de Drake, “Started from the bottom” est un choix de toute l’équipe de la série. Le thème du morceau est d’ailleurs un peu le leitmotiv de la série même si Ilana et Abbi n’ont pas vraiment progressé dans l’échelle sociale.
Plus généralement, je me dois de souligner le travail de Matt FX qui ne cache que les moyens de la série ne sont pas illimités — surtout quand il faut négocier un tube comme celui de Drake — et qui additionne pourtant les pépites, allant même jusqu’à utiliser le seul RJD2 pour un épisode.

Cette symbiose avec la musique, New York, l’utilisation de décors naturels avec de nombreux extérieurs et puis cette approche naturelle et sincère d’une jeunesse féminine très ancrée dans notre époque vous rappelle forcément quelque chose ! Oui, je ne suis pas le premier à faire la comparaison avec le Girls de Lena Dunham.
Malgré tous ces points de rapprochement, la comparaison n’est pas valide sur la durée. Broad City prend le parti pleinement assumé de la légèreté. Abbi et Ilana ne se livre pas ou très peu et les scènes qu’elle vivent devant nos yeux sont seulement significatives dans l’esprit de l’humour.

Pour bien comprendre, il est intéressant d’établir l’histoire de Broad City véritable comte de fée pour tout personne ayant un jour ou l’autre tenté l’aventure web-série. Ilana Glazer et Abbi Jacobson se sont rencontrés aux cours de comédie de l’Upright Citizens Brigade à New York. Elle y deviennent rapidement amies et montent leur web-série déjà intitulée Broad City après avoir longtemps pratiqué l’improvisation. Très largement autobiographique, elles y déversent leur frustration vis à vis des petits boulots et autres relations sans lendemains. Au terme de deux saisons, elle parviennent à convaincre Amy Poehler (Parks and Recreation) de venir faire une apparition pour le dernier épisode. Très sûre d’elles, les deux jeunes comédiennes proposent alors à Poehler de les soutenir pour démarcher les télés et elle accepte de devenir leur productrice exécutif. La suite s’écriera sur Comedy Central qui signe avec la comédie ses plus belles audiences depuis deux ans.

“I wish that I could, but I’m so close to finishing Season One of ‘Damages,’  and I made this, like, amazing cashew stir fry chicken for the week, so I’mactually pretty booked.” Abbi

Broad City est traversée par une formidable liberté de ton. Elle en devient alors une singulière représentation féministe presque à ses dépends. La succession de mises en place rocambolesques agrémentées par la répartie incontrôlée du duo constitue progressivement une ébauche sociale étonnamment juste et inspirée.
Au final, on espère ardemment qu’elle parviendront à garder cette légèreté rare et fugace qui, si elle durait, propulserait Broad City au rang de phénomène !

Visuels : Broad City / Comedy Central
Photo : Nelson N. Castillo (Nu-mode
Musique : Drake “started from the bottom” (2013 Republic Rec.)

From Dusk till Dawn s01e01

(El Rey) saison 1 en dix épisodes -
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Je préfère vous l’annoncer tout de suite : non, George “what else” Clooney n’est pas au casting et il n’a pas — à ma connaissance — décidé de revenir au format sériel ! Car oui, From Dusk till Dawn est d’abord un film qui date de 1996, tout de même, et que vous connaissez peut être mieux sous le nom de “Une nuit en enfer”.
Clooney y obtient son premier rôle d’importance dans un film alors qu’il faisait parallèlement les beaux jours d’ER (Urgences). Il y tenait l’affiche avec un certain Quentin Tarentino qui, en plus de faire l’acteur, avait signé le script de ce film bicéphale entre road movie et affrontement final pour le moins gore.
Mais là encore, je vous arrête tout de suite : Tarantino n’est pas impliqué dans cette adaptation non plus ! Ce projet est soutenu de la tête et des épaules par Robert Rodriguez, compère de longue date de Tarantino et a qui la réalisation du film original avait alors été confié. Ce pilote ne s’avère pas très encourageant mais Banshee a démontré qu’il y avait plus que jamais de la place pour les séries de genre.

On retrouve les frères Gecko en cavale après avoir fraîchement délesté une banque de son butin. L’incontrôlable Richie, tourmenté par ses visions, et son frère Seth, échappé de prison, font l’objet d’une recherche intensive des forces de police de la région et vont justement en croiser deux représentants dans une gargote de bord de route répondant au nom de “Benny’s World of Liquor”. Seth y apprend que leur objectif est désormais de rejoindre la frontière mexicaine mais les deux Rangers ne sont pas de cet avis…

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el_rey_network_usLa série From Dusk till Dawn est la première pierre d’une nouvelle chaîne nommée El Rey Network lancée depuis la mi-décembre. C’est ce même Robert Rodriguez qui en est l’instigateur, proposant ainsi un contenu à destination de la communauté latine anglophone. Ce projet qui lui tenait tant à coeur profite aujourd’hui d’une volonté politique de favoriser la diversification de la représentation des minorités au sein des réseaux télévisés. Lors de la fusion entre le mastodonte du câble US Comcast et NBCUniversal, le gouvernement avait en effet exigé des garanties pour que le nouvel ensemble s’investisse sur ce terrain.
La programmation d’El Rey est à l’avenant tout en étant synchrone avec la vision de son créateur. De la série B, du Kung-Fu, du football — qu’on appelle soccer là bas —, un zeste d’horreur et puis bien sûr des séries. Au côtés de The X-Files et Starky & Hutch, From Dusk till Dawn sera suivie de Matador, un “James Bond Latino” imaginé par Roberto Orci et Alex Kurtzman (Sleepy Hollow, Fringe, Transformers) prévu pour cet été.

Ce remake etait-il nécessaire ? On imagine facilement que le projet était séduisant sur le papier. Un matériau d’origine estampillé de genre, systématiquement bien placé dans les classements de films cultes et populaires. l’archétype du macho arborant fièrement divers couvre-chefs cowboyesques. Et puis, en toile de fond, le thème du vampire dans une version à la sauce amérindienne ! Rodriguez ne cache d’ailleurs pas qu’ils avaient déjà été sollicités pour céder les droits de leur bébé en vue d’une adaptation pour le petit écran.
Toutefois, on peut regretter un manque d’ambition manifeste de la série. A une époque où l’adaptation de franchise est monnaie courante, il aurait été judicieux de s’inspirer de réussites contemporaines (Hannibal, Bates Motel) pour lesquelles les scénaristes se sont emparés d’un univers afin créer leur histoire propre plutôt que de se contenter d’un vulgaire copier-coller fût-il à grande échelle. Du reste, je ne vois pas comment From Dusk till Dawn pourrait provoquer la surprise d’un téléspectateur qui aurait vu le film…

En ayant en tête la filmographie de Robert Rodriguez (Desperado, Spy Kids, Machete… oui, ça ne s’invente pas !), on n’est pas surpris par le talent du metteur en scène. L’action, même si elle est relativement en retrait dans ce pilote, transpire déjà lourdement dans sa version tendue à souhait. L’ambiance est soignée avec une image tirant fortement sur le jaune qui évoque l’encrage de la bande dessinée US.
On est tout de même plutôt déconcertés par l’ignorance de certains codes habituels. Le pilote est par exemple dépourvu de cliffhanger et ne parvient pas à lancer la saison comme il se doit. On peut également s’interroger sur le choix d’ouvrir la série avec un épisode se déroulant presque entièrement en huis clos.

La distribution est elle aussi hétéroclite. Les deux acteurs principaux ont le physique inquiétant de l’emploi mais leur jeu ne transcende pas ce premier épisode. Les seconds rôle s’avèrent d’ores et déjà plus intéressant avec notamment un Don Johnson croustillant dans le rôle du Ranger mal embouché.

from-dusk-till-dawnAvec toutes ces béquilles, je ne suis pourtant pas loin de penser qu’il y a quelques belles choses à espérer au bout du tunnel From Dusk till Dawn. Il faudra pour cela que la série joue pleinement la carte foutraque, en bref, qu’elle ose tout simplement !
De son côté Rodriguez semble avoir en partie réussi son pari. Si sa chaîne n’est pas encore diffusée sur tous les réseaux, Netflix s’est déjà emparé des droits de la série et la diffuse — hors US — au même rythme hebdomadaire qu’El Rey !

Visuels & Vidéo : From Dusk till Dawn / El Rey Network

Looking s01e08 “looking glass”

(HBO) saison 1 en huit épisodes et saison 2 prévue -
Looking (HBO)

Le festival Séries Mania — dont c’est déjà la cinquième édition — qui se tient au Forum des images du 22 au 30 avril proposera notamment en sélection officielle cette Looking d’HBO. La saison 1 vient de s’achever et nous savons déjà qu’il y aura une suite ; certaines rumeurs évoquent même une saison suivante augmentée en nombre d’épisodes.
Le problème avec HBO, c’est que lorsqu’elle nous propose un nouveau format court, on s’attend tout de suite à un autre Girls. J’étais moi-même tombé dans le panneau en dressant une petite présentation ici-même et il apparaît évident que la comparaison n’apporte rien de bon à Looking.

Mais parlons musique ! Looking possède une sélection d’accompagnement tout à fait intéressante. La supervision musicale est assurée par une pointure de la profession qui n’est autre que Liza Richardson (FNL, Parenthood, Hawaii Five-0 et plus récemment About a Boy ou Sleepy Hollow).
J’ai choisis deux morceaux très disco. Alors j’en imagine déjà certains parmi vous se dire : “le disco pour une série homo, quel cliché !” C’est sans doute un peu vrai mais vous allez voir que ces choix ne sont pas le simple fruit d’une habitude. Laissez moi donc vous présenter Sylvester et Patrick Cowley :


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A première vue, les deux titres sont relativement différents mais si je vous les propose simultanément aujourd’hui, c’est parce que les deux artistes ont une histoire commune et à fortiori dans la belle ville de San Francisco. Utilisés pour chacun d’entre eux en fin d’épisode, la voix de Sylvester accompagne parfaitement une étreinte entre Patrick et Richie pour conclure le quatrième, alors que les synthés de Cowley ne s’écoutent que sur le seul générique du sixième.

Patrick Cowley & SylvesterSylvester est originaire de Los Angeles. Il est très vite à l’aise au chant et pratique le gospel avec passion. Il quittera toutefois la région en raison de son homosexualité mal comprise et rejoint San Francisco.
Patrick Cowley est né à Buffalo. Il pratique la batterie à l’adolescence et choisira de poursuivre ses études ou ça, je vous le donne en mille, à… San Francisco également. Il y multiplie les jobs en rapport avec la musique (il vend très vite des jingles musicaux et travaille dans les clubs gay de la ville). D’abord sceptique vis à vis de la Disco, Sylvester va progressivement changer d’avis et notamment en écoutant le son de Cowley qui joue désormais du synthétiseur. En plus d’être amis, les deux artistes vont longuement collaborer et en particulier via le label de Cowley, Megatone Records. des titres comme “You make me feel (mighty reel)” ou “Do you wanna funk” deviennent des classiques et propulse Sylvester aux sommets du genre musical.
Patrick Cowley n’obtiendra pas la même notoriété. Celui que certain compare pourtant à Giorgio Moroder est l’un des artistes précurseur d’un sous-genre du disco, la Hi-NRG. Son rythme élevé annonce dès la fin des années 70 l’arrivée de la scène électronique (House, Techno) telle qu’on la connaît aujourd’hui.
Sylvester et Cowley ont plus tristement en commun d’être mort jeunes des suites du Sida (41 et 32 ans seulement).

La maladie est indirectement abordé dans la série qui, globalement, parvient à s’autoriser tous les sujets. Je trouve notamment très intéressant que l’on s’y intéresse à des personnages de différentes générations. La mise en perspective permet alors des contrastes bienvenus.
J’ai toutefois le sentiment que si l’on avait remplacé les personnages par des hétéros, on aurait trouvé ça d’une banalité confondante ! En fait, sur les huit épisodes, on constate une certaine irrégularité. La série possède quelques envolées — dont le septième épisode par exemple — durant lesquelles le rythme enlevé déclenche une réelle passion pour les personnages. Mais ses accélérations ne permettent pas d’évacuer ses passages plus lents et moins valorisants — le personnage d’Agustín mérite mieux, il faut le reconnaître.

Surtout que le casting est de bon niveau ! Jonathan Groff est parfait dans le rôle de l’anxieux et j’aime beaucoup la performance de Murray Bartlett avec son personnage de Dom. Il faut souligner les seconds rôles également avec un Scott Bakula parfait et le jeune Raúl Castillo qui est lui aussi très bon sous les traits de Richie.
Ils ont en tout cas un fort bel écrin pour s’exprimer. La série met franchement la ville de San Francisco en avant. Je suis malgré tout un peu chafouin sur la mise en scène qui s’inspire fortement de cette tendance de l’image très vintage à la Instagram.

looking (HBO) posterPour terminer sur une note positive, je trouve qu’il y a une bonne marge de progression et je crois que la série pourrait s’améliorer de belle manière simplement en maîtrisant un peu mieux ses temps faibles.

Visuels : Looking / HBO
Musique : Sylvester “i need somebody to love tonight” (1979 Fantasy Rec.)
Patrick Cowley “mockingbird dream” (2013 Dark Entries Rec.)